10 trucs pour écrire un roman de science-fiction sans justification scientifique

En écrivant mon premier roman de science-fiction, je l’ai souvent senti incomplet parce qu’il ne comprend pas d’explication scientifique.

Je me suis même sentie coupable de ne pas en fournir.

Dans les derniers mois, j’ai complètement changé d’état d’esprit. J’ignore si j’ai réussi mon pari, mais je sais qu’il est possible de faire croire au scientifiquement impossible sans offrir aucun éclairage rationnel.

1- Etre clair sur ce qu’on propose

Pour commencer, j’ai déculpabilisé en songeant aux lecteurs de SF qui n’attendent pas d’être éduqués sur un sujet scientifique abordé dans un roman, ou qui ne veulent surtout pas avoir à lire des explications scientifiques.

Si mon roman ne contient pas de science, il ne décevra pas ces lecteurs sur ce point précis. Le plus important est d’être assez clair sur cet aspect que certains adorent et que d’autres évitent.

Je pense qu’on peut s’appliquer sur les éléments suivants :

  • la 4e de couverture ou présentation du roman, qui peut laisser supposer qu’un roman de SF va ou ne va pas contenir de passages scientifiques
  • la couverture du roman, qui ne doit pas susciter l’idée de science si le roman n’en contient pas
  • le titre du roman, qui ne doit pas connoter quoi que ce soit de scientifique s’il n’y a rien ou presque de scientifique

Mieux vaut ne pas compter uniquement sur le sous-genre de SF.

Dans la plupart des librairies en ligne ou pas, les livres de science-fiction sont présentés par sous-genres (Space opera, Voyage temporel…) et il y a une partie réservée à ce qui est appelé Hard science-fiction. C’est vrai que si on aime la science, on sait généralement où chercher ou vers quels auteurs se tourner.

Mais de nombreux romans ne faisant pas partie de cet ensemble contiennent des parties plus scientifiques que narratives – je me suis « faite avoir » pas mal de fois 🙂 même si dans certains romans, un peu de science ne me dérange pas.

Pour ma part, comme mon roman Dogcatcher traite (entre autres) de puces cérébrales, je vais faire bien attention de ne pas donner l’impression qu’il y a de la science !

2- Faire des recherches

Si je n’ai pas pour objectif d’éduquer les lecteurs de mon roman sur un sujet scientifique, je dois quand même m’éduquer sur le sujet.

Même si l’histoire du roman veut que l’on s’en fiche complètement de l’explication scientifique, et que tout est mis en oeuvre pour que le lecteur s’en fiche, je pense qu’à partir du moment où une histoire comprend « une chose qui n’existe pas » (mais ne relevant pas de la magie ou du paranormal), il faut bien rechercher la chose !!

  • En l’état actuel des connaissances, comment ça marche ou comment ça pourrait marcher un jour ? Quel(s) scientifique(s) traitent du sujet ; qu’en disent-ils ? Qui sont les grands spécialistes actuels du sujet ? Où en sont-ils dans leurs recherches,  théories, expérimentations… ?
  • L’idée que l’on a eue pour son roman est-elle envisageable dans un futur proche ou lointain, va t-elle à l’encontre des lois de la physique (c’est probablement impossible) ou manque-t-il juste quelques connaissances (c’est probablement possible, si on découvre ceci ou cela un jour).
  • Il peut être intéressant de voir comment des auteurs de SF ont abordé le sujet, mais je pense qu’il ne faut pas se baser uniquement là-dessus car d’une part, les auteurs ne donnent pas toutes les informations qu’ils ont recueillies 🙂 et d’autre part, il peut y avoir des parties scientifiques purement inventées…

Il me semble que plus la chose est scientifiquement impossible, plus il faut chercher pour maîtriser le sujet et développer des règles qui vont le rendre crédible.

3- Développer des règles (et les respecter)

Si je suis au point sur le(s) sujet(s) scientifique(s) relatif(s) à mon idée de départ, je peux élaborer l’univers de mon roman, c’est-à-dire (entre autres) mettre en place des règles que je vais respecter pour rester cohérente.

Il ne s’agit pas d’être réaliste. Combien de romans ou de films parviennent à nous faire croire que l’impossible est possible ? C’est parfois complètement irréaliste et on y croit. Il y a même des inventions, des lois, des technologies de science-fiction dont beaucoup de gens ignorent qu’elles ne sont pas possibles !

Non, je crois qu’il s’agit d’être cohérent. Du moment que je ne transgresse pas mes propres règles, je peux insuffler de la cohérence et si je suis cohérente, je rends l’impossible crédible.

Je ne donnerai pas toutes les explications que je connais, dans mon histoire, mais je veillerai à respecter mes règles. Mêmes des idées farfelues deviennent crédibles si on fixe des règles et qu’on s’y tient.

4- Montrer l’impact sur un personnage ou plusieurs, à un niveau personnel

Nous avons une idée ou une histoire, selon le stade d’avancement du projet, dans laquelle est impliquée une chose scientifiquement impossible ou pour l’instant impossible, et en découlent généralement toute une série d’impossibilités !

Nous n’avons pas l’intention d’expliciter comment c’est possible, en faisant appel à des descriptions scientifiques.

Je pense vraiment que le meilleur moyen de faire passer la pilule 🙂 est sans doute de montrer comment cela impacte la vie d’un personnage auquel le lecteur s’attache (dans le sens où il veut savoir ce qui va lui arriver).

S’il n’y a pas au moins un personnage personnellement, intimement, profondément affecté par la chose impossible que j’essaie de présenter comme possible, ça ne va pas bien fonctionner.

5- Plonger dans l’impossible dès le début

Quel soit le genre littéraire d’un roman, un lecteur doit pouvoir détecter ce genre dès le début. Dès les premières lignes ou la première scène, on sait qu’on est en train de lire un thriller, un roman d’amour ou un roman de science-fiction.

Bon, pour un auteur de science-fiction, ce n’est pas toujours facile à faire, parce qu’il arrive que la première scène se déroule avant l’événement qui va précipiter l’histoire dans l’impossible, l’improbable ou  le « possible un jour ».

Par exemple, l’invasion extraterrestre qui doit avoir lieu n’a pas encore eu lieu au début d’un roman. Mais comme le lecteur s’y attend (il a choisi un genre littéraire ou sous-genre de SF ; il a généralement consulté la 4e de couverture, vu la couverture et le titre), je pense que ceci ne pose pas forcément problème.

Avec les technologies, concepts, inventions… tout à fait impossibles scientifiquement, ça mérite quand même réflexion. Si l’impossible apparaît trop tard, c’est à dire que le lecteur n’a pas été familiarisé avec les éléments extravagants, voire les aberrations scientifiques, dès le départ, il risque d’avoir un choc quand ça va arriver !!

Je pense que plus ce dont on parle est scientifiquement inadmissible, plus il faut s’y prendre tôt dans l’histoire, pour empêcher la remise en question (qui gâche la lecture).

6- Préfigurer

S’il n’est pas possible de plonger directement le lecteur dans un univers basé sur / dominé par le scientifiquement improbable, ou que « le gros truc impossible » arrive plus tard dans le roman, mieux vaut préfigurer.

Il y a toutes sortes de façons de s’y prendre, bien sûr.

Par exemple, on peut introduire des petites choses plus secondaires (mais utiles à l’histoire), pour « avertir » le lecteur : lorsqu’il sera confronté au scientifiquement déroutant, il ne sera pas détourné de l’histoire parce qu’il aura déjà rencontré du « pas net » 🙂

Comme on a fait en sorte que ce soit plausible, son esprit est prêt à encaisser la suite.

7- Générer de l’angoisse personnelle

Pour écrire un roman comprenant des extravagances ou aberrations scientifiques et ce, sans fournir d’éclairage scientifique, je pense qu’on peut essayer de générer une angoisse, non pas pour « la société » ou « les futures générations », mais pour le lecteur à un niveau personnel.

De grandes questions philosophiques, éthiques, sociétales… peuvent être posées avec les histoires de science-fiction. On peut avoir envie de créer une angoisse du futur. Surtout si on a un message à faire passer et/ou si ce futur est proche et que les éléments scientifiques seront probablement possibles un jour (ou le sont déjà), comme avec les catastrophes naturelles ou les virus.

J’ai tendance à penser que si le(s) protagoniste(s) ressente(nt) des émotions qui touchent le lecteur, tout peut devenir crédible, même une catastrophe naturelle qui n’a pas d’explication ou dont l’explication fournie par l’auteur est scientifiquement impossible.

Des lecteurs peuvent critiquer le manque d’explications ou les explications bidons, mais s’ils ont eu des émotions, ça ne les a pas empêchés d’apprécier l’histoire.

Sans doute y’a t-il des gens qui s’angoissent réellement d’une catastrophe naturelle, mais la plupart des lecteurs de SF sont, je pense, comme les autres lecteurs : ils attendent que leurs angoisses personnelles soient sollicitées.

Par exemple, dans une histoire de monde englouti, le raz de marée est un élément fondamental de l’histoire, mais finalement, c’est un prétexte pour susciter des émotions plus transcendantes que la peur du dérèglement climatique.

Si on a des personnages qui se comportent en héros face à la catastrophe et d’autres qui se comportent lâchement, ceci peut sûrement susciter des angoisses personnelles fortes alors que la peur de la montée des eaux, par exemple, c’est quelque chose de plus intellectuel.

 

8- Distiller de fausses explications scientifiques

Quand on comprend bien la science derrière son invention impossible, peu probable ou pas encore possible à ce jour, on peut inventer des justifications scientifiques qui n’existent pas. C’est d’ailleurs un procédé relativement courant. On peut se le permettre parce que le but n’est pas d’éduquer mais de divertir.

Il faut, bien sûr, s’assurer de rendre le tout crédible en se fixant des règles qu’on respecte. Et si, à un moment donné, il s’avère qu’une justification scientifique serait nécessaire, on peut par exemple évoquer, d’une manière ou d’une autre :

  • une technologie qui n’existe pas mais qui permet d’expliquer ce qui se passe
  • une invention qui n’a jamais vu le jour mais qui justifie l’existence d’une situation impossible
  • une théorie qui existe vraiment, mais qui est controversée ou ne fait pas l’unanimité et qui finalement aurait été prouvée dans le futur

9- Le personnage de confiance

Si un auteur a recours à la fausse explication scientifique, le procédé peut impliquer un personnage dont le lecteur ne peut pas remettre les connaissances en doute.

Ce n’est pas forcément simple de créer un personnage de confiance qui détient le savoir sur un fait scientifique que vous avez brodé de toutes pièces 🙂 mais avec ce qu’il fait, dit, décide, choisit… le scientifique, l’expert, le petit génie, le geek, le professeur, le chercheur, l’ingénieur, le savant (pas fou), etc. peut participer à crédibiliser l’impossible.

10- Fournir du possible

A mon avis, fournir du possible en parallèle à l’impossible peut aider à créer de la crédibilité en se passant de justification scientifique.

Par exemple, il peut y avoir une technologie qui dépasse un peu les bornes des limites, et aussi une technologie qui existe vraiment (ou plusieurs technologies inventées et vraies). Elles peuvent même fonctionner plus ou moins ensemble, pourquoi pas.

Pour guérir l’humanité d’un virus, on peut inventer une solution scientifiquement impossible, mais aussi essayer la vaccination. Pour certaines histoires, on peut se baser sur des faits réels qui vont donner une espèce d’ancrage dans la réalité.

Il y a sûrement mille autres façons de fournir du possible à côté de l’impossible.

 

C’est un sujet qui m’a beaucoup préoccupée pendant l’écriture de mon premier roman, mais je pense qu’on peut s’en sortir, avec quelques petits trucs bien dosés, et raconter une histoire plausible tout en transgressant les lois de la physique ou en créant des situations scientifiquement aberrantes !

 

 

 

 

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