Trop facile ! Comment ajouter de la difficulté dans son roman

Contretemps, incidents, contrariétés, déboires… Il y a toujours des difficultés, dans un roman, qui rendent le parcours du ou des personnages principaux plus haletant.

On ne va pas parler de la « grande difficulté » d’une histoire (l’obstacle majeur, l’antagoniste, l’ennemi suprême, le mal, le combat principal…) mais des « embûches annexes » que les personnages d’un roman peuvent rencontrer pendant leur parcours, entre deux moments relativement importants.

Ces deux moments ne sont pas les grands moments-clés d’une histoire, mais un des deux peut l’être. Par exemple, il ne s’agit pas de passer du début à la fin de l’acte 2. Mais d’un événement à un autre pendant l’acte 2, ou alors d’un événement à la fin de l’acte 2.

Donc ça concerne une scène ou quelques scènes.

En retravaillant mon roman ce mois-ci, j’ai eu l’impression que c’était encore trop facile à certains endroits. Des personnages passent d’un point A à un point B sans trop de difficultés.

Alors je ne sais pas si j’ai fait ce qu’il y avait de mieux, pour cette histoire, mais j’ai trouvé des moyens de compliquer les choses.

Nous parlons de situations où, en tant que lecteur, vous savez que vous êtes emmené d’un point A à un point B :

  • Pas dans le sens d’un lieu à un autre (même si ce sera le cas dans mes exemples), mais d’un moment important à un autre moment important pour l’histoire.
  • Vous ne savez pas ce qui va se passer, mais (si vous êtes attaché au personnage) vous espérez quelque chose. Vous espérez ou vous attendez ou vous suspectez quelque chose…
  • L’auteur a laissé des indices pour créer cet espoir, cette attente, ces soupçons… Si ça ne se produit pas, c’est un peu une trahison. Ou alors, c’est incohérent dans l’histoire que vous êtes en train de lire.

Donc ça va arriver.

Mais si ça vous est servi comme sur un plateau, ce n’est pas prenant.

Dans mon roman, j’ai détecté 3 types de « c’est trop facile » :

  • c’est gagné d’avance
  • ce qui devait arriver arriva 
  • en un claquement de doigts

1- C’est gagné d’avance

  • Problème : il est bien trop évident qu’on va atteindre le point B.
  • Objectif : il faut que ça ne paraisse pas « gagné d’avance ».

Oui, à un moment plutôt important dans l’histoire, un auteur nous fait plus ou moins miroiter le prochain moment important (parfois, on y pense depuis le début du roman ou presque). Mais rester dans le doute, ça tient en haleine. Il s’agit de trouver des possibilités pour qu’un lecteur se demande si on va vraiment atteindre le point B.

Exemple.

Un protagoniste veut retrouver sa mère biologique dont il ignore tout. Au début de l’histoire, un événement le pousse à chercher qui est sa mère (il pourrait avoir entendu qu’elle est encore en vie, alors qu’il avait toujours cru qu’elle était morte). Dans le premier acte (d’une structure en 3 actes), on découvre que les papiers officiels, qui auraient pu l’aider à trouver sa mère, ont brûlé il y a quinze ans dans un incendie. C’est la « grande difficulté » de cette histoire : le héros n’a aucune info sur sa mère.

Les chapitres passent. Et, ne me demandez pas comment, le héros apprend enfin qu’il existe une personne ayant connu sa mère plus jeune. Si le lecteur s’est un peu attaché au héros, il espère, attend ou suspecte que ce héros va rencontrer la personne.

Le lecteur ne sait pas si cette personne va pouvoir aider le héros (qui ne le sait pas non plus). Cette personne voudra-t-elle l’aider, se souvient-elle seulement de la mère du héros ? Mais d’abord, irons-nous vraiment à ce point B (la rencontre) ???

Même s’il y aura d’autres embûches par la suite, parce qu’on n’est même pas au milieu de l’histoire ou qu’on vient de dépasser le milieu de l’histoire, c’est trop facile de lui faire prendre un train et bonjour, où est ma mère ? Elle habite au 5 rue Zola, ok, merci…

Possibilités.

La résistance psychologique

Quand un personnage résiste mentalement à ce qu’il est supposé faire, ce personnage ne fait pas ce que le lecteur attendait. Pas tout de suite et/ou pas comme on s’y attendait.

Dans l’histoire en exemple, le moment un peu fatidique approche ; le héros va peut-être pouvoir retrouver sa mère grâce à quelqu’un qui l’a connue. Ce n’est pas rien. Il peut prendre peur. Il peut se poser des questions, ses angoisses peuvent refaire surface : a t-elle envie de me rencontrer, et si elle me rejette, et si j’apprenais quelque chose d’atroce sur ma naissance, et si elle n’est pas comme je l’imagine… ? Le héros peut donc, par exemple, prendre le train et puis rater volontairement sa correspondance parce qu’il angoisse.

Ce n’est pas seulement de l’introspection. Il y a un/des acte(s) en conséquence de la résistance psychologique, qui font douter le lecteur.

L’opposition d’un personnage

Un personnage (secondaire ou pas) met des bâtons dans les roues du personnage principal, à se demander si ce qu’on attend/souhaite va finir par se produire. Un personnage peut s’opposer volontairement, involontairement, et il peut connaître ou pas les conséquences de son opposition (sur la vie du héros).

Dans l’exemple, la personne que le héros doit rencontrer (pour avoir des infos sur sa mère) peut ne pas vouloir dévoiler les informations. Ça me paraît un petit peu attendu… Un autre personnage pourrait s’opposer ? Cela pourrait être un proche de cette personne qu’on espère rencontrer : il s’agit d’une personne fragile et un proche refuse qu’on vienne la perturber. Ou alors, on est dans une maison de retraite et on ne laisse pas entrer le héros à l’accueil. Ou plus « intense » : la femme du héros l’empêche d’aller voir la personne. Depuis que tu cherches ta mère, tu fais n’importe quoi, laisse tomber (elle n’a pas tort ; il perd les pédales).

L’empêchement

Le passage du point A au point B devient incertain grâce à une « barrière » ou un empêchement (de dernière minute ou presque).

Rien ne le laissait penser, mais il s’avère que la personne qui a des infos sur la mère biologique du héros détestait sa mère. Le héros va devoir se faire passer pour quelqu’un d’autre, par exemple. Ou alors, il le découvre en discutant avec la personne. Et celle-ci ne veut plus parler quand elle apprend qui il est… Ou alors, il va falloir se montrer patient, parce que la personne a des problèmes de mémoire (ça, c’est un peu attendu je crois). Ou alors, la personne en question ne parle pas français. Elle parle russe et rien d’autre. Le lecteur ne le sait pas, mais le héros finira par voyager en Russie. En attendant, il va falloir communiquer avec quelqu’un sans parler la même la langue.

2- Ce qui devait arriver arriva

 

  • Problème : le point B est en tous points conforme aux attentes du lecteur.
  • Objectif : il faut que le point B se produise mais avec une part d’inattendu.

Le lecteur se doute qu’on va au point B ou il en a une certaine représentation, et quand ça arrive, c’est décevant parce que c’est sans surprise.

Exemple.

Vous écrivez une histoire de guerre. Il y a ce guerrier qui a dû quitter sa famille et son village, pour guerroyer. Il s’en passe des choses, mais vos lecteurs s’attendent à ce que le guerrier retrouve sa famille et/ou son village. Vous avez laissé cette porte ouverte. Ce serait trahir le lecteur que de ne pas écrire de retrouvailles. Donc vous avez tout fait pour que le lecteur s’attende à des retrouvailles. PS : ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est un moment important du deuxième ou du troisième acte d’une structure en 3 actes.

Le lecteur ne sait pas si la famille du guerrier est encore en vie, encore au village, le village a-t-il seulement survécu à la guerre, etc. Le lecteur espère que les retrouvailles auront lieu.

 

Même si l’histoire est loin d’être terminée, vous trouvez que c’est trop facile que le guerrier retrouve toute sa famille saine et sauve. Le lecteur aura aussi cette impression.

Possibilités.

La contrariété

Le point B attendu, espéré ou suspecté arrive. Mais avec un mais.

Ça ressemble à l’idée d’empêchement mais c’est pas tout à fait pareil, parce que rien n’empêche rien, ici. C’est juste une sorte de déception. Elle peut être petite ou grande.

La femme du guerrier pourrait s’être remariée. Elle est en vie, soulagement. Mais elle a refait sa vie. C’est un peu attendu mais pourquoi pas. Et/ou ses enfants ne se souviennent pas de lui. Ils vont bien. Mais pour eux, leur père est un étranger. La famille est saine et sauve mais la femme ou un enfant a perdu la raison à cause des horreurs de la guerre.

Les retrouvailles ont bien lieu, mais pas comme on l’espérait (du coup, peut-être qu’il repart à la guerre si celle-ci n’est pas finie).

Le tourment

 

Dans votre roman, vous êtes en train de passer à un moment relativement important. Votre lecteur ne sait pas comment ça va se passer exactement, mais il se représente des choses.

Et il ne pouvait pas s’attendre à ça… 

Le héros va y laisser des plumes. Il y avait un prix à payer pour aller au point B !

Pour passer du point A (le guerrier a enfin l’occasion de se rendre dans son village qu’il a quitté pour partir à la guerre) au point B (retrouvailles avec sa famille), le guerrier pourrait en baver. Son compagnon de route, avec qui il a guerroyé et voyagé, pourrait ne pas atteindre le village. Le héros retrouve bien sa famille, mais il est endeuillé par la mort de son fidèle ami. Ou il atteint le village, mais sa femme est morte. Ou partie très loin. Ou il atteint le village, mais il y laisse une jambe en chemin.

 

3- En un claquement de doigts

  • Problème : on passe du point A au point B sans encombres.
  • Objectif : il faut ajouter de la tension.

Le lecteur attend, espère ou soupçonne que quelque chose va se produire. Et ça se produit après un paragraphe ou alors, plusieurs scènes, mais aucun personnage ne rencontre de difficulté particulière.

Je vais prendre un exemple avec Juliette dans Silo de Hugh Howey – par contre, attention gros spoiler.

Juliette (le perso principal du roman) vivait enfermée dans un silo, sous terre. A un moment, elle est dehors. Nous sommes après le milieu de l’histoire. Mais depuis le début, on espère que ceux qui vivent dans le silo ne sont pas seuls. Bref, imaginez un paysage apocalyptique, que des cadavres, etc. On espère que Juliette va tomber sur quelqu’un dehors.

En tant que lecteur, on ne sait pas si ça va arriver mais ça paraît presque impensable que ça n’arrive pas.  Vous ignorez si Juliette va trouver un survivant, où, quand, qui, sera-t-il ou elle « gentil »,etc. ? Mais vous le souhaitez tellement, pour elle, pour ce monde horrible dans lequel elle vit.

Si elle sortait et qu’elle tombait nez à nez avec quelqu’un dehors, ce serait trop facile.

Possibilités.

 

L’adversité

Pour que le héros passe de l’événement A à B, il va devoir s’accrocher…

Entre le moment où Juliette de Silo se retrouve dehors (point A) et le moment où elle rencontre l’homme qui vit dans le silo abandonné (point B), la pauvre Juliette… Elle en voit de toutes les couleurs ! Mais pour commencer, dehors, elle marche parmi des cadavres et elle a peur de s’asphyxier dans sa combinaison.

Ce qu’elle traverse, concrètement et moralement, est tellement rude qu’on se dit que ce qu’elle va découvrir, maintenant qu’elle est sortie, doit en valoir la peine. Alors on s’accroche aussi et on tourne les pages.

Et une fois dans le silo abandonné, c’est horrible, effrayant et ça sent très mauvais. En fait, c’est de pire en pire.

L’incident

Un incident (pas nécessairement dramatique) se produit entre point A et B.

Bon, pour Juliette, il y en a plusieurs. Elle est notamment coincée dans une porte à cause de sa combinaison qui ne passe pas ou son casque, je ne sais plus. Plus tard, elle croit qu’elle est agressée alors que c’est un bout de machine qui s’accroche à elle. Elle va aussi se couper la main avec son couteau.

Les conséquences ne sont pas dramatiques, ce sont de grosses frayeurs. Elle est mise à l’épreuve.

Le contretemps

Un événement retarde le protagoniste entre point A et B.

Une fois dans le silo abandonné, Juliette est tellement épuisée et morte de faim qu’elle tombe à moitié dans les pommes. Vous aviez envie d’avancer, de savoir ce qu’il y a dans ce silo… et bah va falloir attendre encore un peu 🙂

Le déboire

Dans le roman Silo, quand ce qu’on espère, attend ou soupçonne plus ou moins se produit (il y a bien quelqu’un qui survit dans le silo abandonné), Juliette entend d’abord des pas. Elle essaie de retrouver la personne, elle appelle, elle lui court après… et bref, ça dure encore un petit moment avant le point B…

Structurellement, ça ne se passe pas en plusieurs scènes qui se suivent ; le périple de Juliette est entrecoupé du périple d’autres personnages. Ce qui ajoute, je trouve, encore plus de tension.

C’était intéressant de lire ce qui était en train d’arriver aux autres personnages, mais j’avais hâte que l’auteur en revienne à Juliette !

La difficulté principale entre le point A et le point B, pour Juliette, c’est de rester en vie et il y a une menace physique (la fatigue, la faim, le contexte) et aussi une menace de nature plus profonde, ne pas se décourager, déprimer, abandonner.

Ceci dit, la détermination du personnage à poursuivre sa quête en dépit de l’adversité, des incidents, contretemps et déboires, peut s’appliquer à toutes sortes de situations.

On peut tout à fait imaginer une histoire avec point A = trouver une robe pour une soirée et point B = arriver à la soirée bien habillée.

L’enjeu est beaucoup moins grave/sérieux que dans l’exemple de Silo. Mais le lecteur doit quand même être tenu en haleine. Le lecteur n’est pas certain de ce qui va se passer pendant cette soirée. Il n’est même pas certain que le personnage ira à la soirée. Il l’attend, il l’espère (ou  suspecte) que ça va arriver.

On peut imaginer les difficultés suivantes : les magasins sont en train de fermer, l’héroïne court, il pleut, elle glisse, elle tombe, elle casse un talon, ça la ralentit, elle trouve une robe dans laquelle elle n’entre pas, elle en trouve une autre trop chère, elle lutte pour ne pas désespérer, elle entre dans un autre magasin, trempée, gelée, épuisée… et elle voit une robe qui pourrait convenir, à sa taille, dans son budget. Elle doit toutefois supplier la vendeuse qui s’apprête à fermer la caisse, avant d’acheter (enfin) sa robe.

La tension n’est pas réservée aux combats contre la mort.

Des nouvelles de mon roman !

  • J’ai fini hier de repasser sur chaque chapitre (pour travailler sur des problèmes détectés au cours de la bêta-lecture, et par moi-même aussi).
  • Je prévois une semaine environ de relecture rapide.
  • Ensuite, je l’envoie à quelques personnes et je vais le relire en même temps qu’elles. Il me reste à peu près six semaines pour les corrections. Bien obligée de refaire une « tournée », car il y a environ 20 000 mots de plus depuis la version précédente et de nombreux changements partout. Je me rends compte que j’ai profondément modifié quatre chapitres entiers.
  • Je suis certaine que c’est moins pire qu’avant. Mais je n’arrive pas à me dire que c’est bien.
  • J’ai très peur, mais je veux aller au bout.
  • Pour me donner du courage, je me dis que c’est un premier roman. Il faut bien commencer quelque part.
  • J’espère quand même que ce ne sera pas trop mauvais.
  • Parfois je me dis que je n’oserai jamais le publier. Je suppose que c’est normal. On verra quand j’aurai tout terminé. Normalement, je ne devrais pas me dégonfler, mais ça fait vraiment très peur.

5 réflexions sur “Trop facile ! Comment ajouter de la difficulté dans son roman

  1. catherine Bouillon dit :

    Bonjour Mariella

    La première version était déjà très bien Bon courage, je suis sure que ce roman aura du succès

    Toujours à votre disposition

    Amicalement

    Catherine

    ________________________________

    J'aime

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