La structure en 3 actes pour écrire un roman (3/3)

C’est parti pour décortiquer le troisième acte d’une structure narrative en trois actes.

Personnellement, j’avais aussi étudié la structure en 4 actes, qu’on retrouve souvent au cinéma, je crois. En tout cas, j’ai bien aimé m’appuyer sur un « schéma », avec de grands tournants, pour réfléchir ensuite à ce qui mène d’un tournant à l’autre.

Un de mes regrets, par rapport à mon premier roman, c’est de ne pas avoir régulièrement mis à jour ma structure en écrivant mon premier brouillon. Des détails et d’autres idées viennent à l’esprit, pendant le premier jet, et on peut changer son « plan » initial. Comme je ne le mettais pas à jour à chaque changement important, parfois, je ne savais plus quelle décision j’avais finalement prise (qui a fait quoi, comment se termine le chapitre 9, et le 4, et qu’est-ce que j’avais décidé pour la scène de l’orage… ?) !

Alors qu’on ajoute de plus en plus de détails à l’histoire, on peut vite s’y perdre.

Rappel des moments clés étudiés :

Premier acte (étudié ici)

  • Situation initiale
  • Evènement déclencheur
  • Premier moment clé

Deuxième acte (par ici)

  • Réaction à la difficulté
  • Milieu (deuxième moment clé)
  • La difficulté frappe fort

Troisième acte

  • Troisième moment clé
  • Le pire
  • Le point culminant
  • Le dénouement

Il y a des romans courts, plus longs, très longs… Il y a des histoires vaguement basées sur la structure en trois actes, d’autres qui la suivent de très près.

Mais on retrouve certaines proportionsEn général, l’acte 1 et l’acte 3 occupent environ le même volume et l’acte 2 est deux fois plus long. On parle souvent de : 25%, 50%, 25%. Mais il ne s’agit pas de faire des calculs à la calculatrice, juste de faire attention à ne pas déboussoler le lecteur avec des proportions hors normes, quant à ces différentes parties d’une histoire.

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Ajoutons les dernières pièces au puzzle 🙂

Troisième acte

Je vais essayer de présenter le troisième acte en trois points qui me paraissent personnellement importants.

1- Tout a été mis en place pour savourer les derniers moments

Nous avions vu que le deuxième acte d’une histoire en 3 actes se termine, classiquement, par le triptyque action/réaction/conséquences caractérisé par cette idée que « la difficulté frappe fort ». Et classiquement toujours, le personnage principal a alors complètement montré qui il était (enfin, façon de parler, parce qu’il reste encore le point culminant pour la « révélation ultime » du héros, mais on saura déjà qu’il a certaines forces/faiblesses).

Un lecteur peut encore avoir une ou des surprises dans un troisième acte, parfois de grandes surprises et même assister à un rebondissement de dernière minute. Mais ce n’est pas dans le dernier acte qu’un auteur introduit des informations totalement inédites à propos des personnages importants.

Quand on lit un roman (idem au cinéma), on connaît bien le héros à cette étape et le cas échéant, l’autre ou les autres personnage(s) centraux ; on sait avec qui on embarque pour le périple qui conduit à la fin.

Plus généralement, je pense qu’il faut faire attention de préfigurer tout ce qu’on doit préfigurer avant l’entrée dans le dernier acte de son histoire.

Quelques exemples.

  • Si un protagoniste va « s’en sortir » au point culminant grâce au pouvoir de voler, le lecteur doit savoir (peut-être depuis le tout premier acte) que ce personnage peut voler ou alors, cet élément a été subtilement préfiguré au long du roman : le lecteur ne pouvait pas le suspecter mais, quand ça se produit, il n’est pas complètement choqué de l’apprendre. Par exemple, un autre personnage pouvait voler, le héros a senti qu’il maîtrisait ses sauts, etc.
  • Si le héros doit résoudre l’intrigue grâce à son grand courage ou sa grande perspicacité ou autre grande qualité, cette qualité a été démontrée/évoquée avant l’ouverture du troisième acte.
  • S’il faut un objet pour la « victoire », une épée, un tournevis ou n’importe quoi, l’existence, la présence, la possibilité ou l’utilisation de l’objet a été préfigurée avant le troisième acte.

2- Le héros n’est plus tout à fait la même personne qu’au début

Selon les romans, les auteurs, les genres littéraires, l’importance qu’on souhaite accorder au « conflit intérieur », l’évolution (généralement positive) du héros est implicite, explicite, développée, mise en lumière ou discrète… En outre, il y a des héros qui changent peu et des héros qui changent énormément, entre le début et la fin. Mais il s’est produit une forme d’évolution (personnelle) chez le personnage principal.

Pourquoi ?

Ce qu’il a traversé pendant toutes ces pages, ces choix qu’il a dû faire (notamment au milieu), ces drames, ces déchirements ou ces horreurs que vous lui avez fait subir… S’il n’a strictement rien appris et/ou compris et/ou dépassé, par rapport à lui-même, il n’est pas humain. Les événements qui se sont déroulés n’ont eu aucun impact sur lui. Ce n’est pas possible « en vrai » 🙂

Je crois qu’il faut se casser la tête sur le troisième acte en tenant compte de ça aussi. On ne peut plus faire agir et/ou décider, réfléchir… les protagonistes exactement de la même façon qu’au début ou au cours du deuxième acte.

C’est vrai qu’au point culminant, les héros d’hier et d’aujourd’hui font généralement face une dernière fois à leurs « démons » intérieurs. C’est là qu’ils doivent, par exemple :

  • trouver le courage nécessaire à l’affrontement final, quel qu’il soit
  • avoir l’idée de génie qui va tout changer
  • utiliser ce que les difficultés leur ont permis d’apprendre
  • etc.

Toutefois, dans la logique de la structure en 3 actes, le héros a maintenant suffisamment évolué pour faire face au plus dur. Sinon, c’est un drame ; ça se finira mal (ce qui est certes un choix possible).

3- Le lecteur ne sait pas si ça va « bien finir »

Si j’ai bien compris, il y a au moins 2 grandes façons de créer le doute quant à la « victoire » (atteindre le but).

En tant que lecteurs, nous suivons un/des personnage(s) à travers une quête et nous voulons sans cesse savoir ce qui va leur arriver. Nous lisons le dernier acte quand la « victoire » est encore incertaine. S’il est clair que ça va bien se finir, pourquoi continuer ?

Qu’est-ce qui peut permettre de douter que le héros peut « gagner » ?

a- Les enjeux personnels plus « graves »

Généralement, les enjeux (personnels) pour le héros devenus plus « graves » permettent de douter. Bien sûr, selon les histoires, les enjeux s’intensifient de façons très différentes. Mais ce sont les enjeux personnels du héros/des héros qui nous font nous accrocher le plus, quand on lit un roman. Au troisième acte d’une histoire dont on veut connaître la fin, je pense que les auteurs ont déjà créé une impression que le héros a encore plus à perdre qu’on ne le croyait.

Par exemple, si tout au long d’une histoire, l’unique risque pour le héros est de ne jamais retrouver son chat perdu, on arrive au troisième acte en sachant qu’il va trouver son chat, parce que c’est le héros.

Un lecteur pourrait douter de la réussite si (techniques classiques) :

  • le chat est épileptique (il lui faut son traitement !) : sentiment d’urgence vitale qui ne peut qu’augmenter au troisième acte ;
  • le voleur de chats est encore plus cinglé qu’on ne le croyait : antagoniste qui se révèle plus « fort » que prévu et sera vraiment très fort au troisième acte (apparaît un risque pour la sécurité du héros) ;
  • le héros n’avait pas réussi à sauver son frère de la noyade cinq ans plus tôt, c’est ce qui explique cet acharnement à vouloir retrouver son chat – oui, bon, psychologie bon marché, mais c’est juste pour illustrer 🙂 : atteindre le but a pris une dimension plus « transcendante » (c’est généralement au milieu dans ce cas de figure, bien que ce ne soit pas une loi).

Donc l’idée, c’est que quelque part avant le dernier acte, le lecteur découvre qu’échouer serait en fait plus grave pour le héros, par rapport à ce qu’il avait cru.

Et à l’ouverture du troisième acte, et pendant tout le point culminant, même si l’inconscient du lecteur lui « dit » que ça ne peut pas mal se finir, il continue de lire parce qu’il n’est pas sûr. Et il n’est pas sûr à propos de questions importantes et les questions vraiment importantes concernent le personnage principal.

b- Une grande nouveauté avant le troisième acte

Un troisième acte peut commencer « bien » ou « mal » ou « bof » 🙂 mais pour que la fin ne soit pas prévisible, mettre en place un « changement de situation » juste avant qu’il commence est une technique courante (mais pas un « twist final » qui lui, se produit classiquement au point culminant).

Quand une nouveauté importante apparaît à la fin du deuxième acte, un lecteur peut sérieusement remettre la « victoire » en question (si besoin était).

Exemples :

  • il y avait un traître parmi nous
  • le repaire de l’antagoniste est truffé d’explosifs
  • il fallait être deux et le héros se retrouve tout seul
  • ils ont un vaisseau pouvant transporter dix personnes et il y a cent personnes à sauver
  • les personnages ont perdu leurs pouvoirs magiques
  • la clé du trésor est au fond de l’océan
  • le personnage à rencontrer absolument pour avancer vient de mourir
  • etc.

Ce n’est pas le pire. C’est un nouvel élément qui préfigure un périple vers la fin bien plus compliqué qu’il ne s’annonçait. C’est une possibilité parmi beaucoup d’autres pour qu’une fin ne paraisse pas évidente.

Quand les problèmes se sont multipliés, un lecteur peut se demander si un ou plusieurs problèmes (relativement graves) seront bien résolus.

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Une grande difficulté que pose le troisième acte d’une histoire à son auteur, c’est que ce cheminement vers la fin et la fin doivent être imprévisibles et, en même temps, faire intervenir maintenant un élément complètement inédit dans l’histoire, sans aucune préfiguration, paraîtrait trop facile pour tout résoudre.

Troisième moment clé

C’est le début du troisième acte et c’est un vrai casse-tête pour beaucoup d’auteurs.

Pour réfléchir à ce troisième grand tournant de son histoire, on peut éventuellement se demander si la situation est assez catastrophique pour que, même avec l’impression qu’une victoire vient d’être remportée (possibilité dont je vais reparler), le lecteur se demande si le héros a bien tout ce qu’il faut pour le « combat final ».

Dans de nombreux romans, on peut avoir ce ressenti : oui il est « fort », oui il a remporté bien des combats, mais la gravité de la situation fait douter du héros (qui peut ou non douter de lui-même, d’ailleurs). Ou la dangerosité du méchant, etc.

Ce grand tournant des histoires en trois actes est parfois appelé le point de non retour. Votre héros qui a affronté des épreuves, fait un choix, fait quelque chose, prend une décision… Et, une fois de plus, il ne peut plus faire marche arrière, mais cette fois-ci, s’il échouait, ce serait vraiment dramatique…

Et comme il a (par exemple) mûri, souffert, découvert sa vraie nature, pris la claque de sa vie, connu des atrocités, combattu ses démons intérieurs… il sait quoi faire, il le fait et c’est ce qui doit le mener à « l’affrontement ultime ».

C’est un peu comme la première réaction à la difficulté (début du deuxième acte). Sauf que nous sommes loin de ce moment où tout ce qu’il faisait ne donnait rien de bon. C’est une réaction ou suite à la difficulté frappe fort mais d’un héros (ou plusieurs personnages) qui a « évolué ».

Quand je serai plus au point avec les romans que je lis et décortique, je donnerai sûrement plus d’exemples de littérature. En attendant, je vais donner deux exemples de films (quoi que le second est adapté d’un roman).

  • Si vous avez vu le film Alien (celui de 1979), à un moment, Sigourney Weaver ou « Ripley » enclenche le machin qui va détruire le vaisseau spatial et le compte à rebours commence. C’est ce qu’on peut appeler le début d’un troisième acte. La situation est ca-tas-tro-phique (elle va toutefois devenir encore plus catastrophique). Ripley fait ce qu’elle a à faire (elle a un peu changé). Mais avec cette explosion annoncée, on se demande maintenant comment elle va s’en sortir (les problèmes se sont multipliés).
  • Si vous avez vu le film Le silence des agneaux, Jodie Foster ou « l’agent Starling » sonne à la porte d’un soi-disant témoin à interroger, mais se rend compte que c’est  en fait le tueur en série recherché. Et quand il se doute qu’elle se doute, il s’enfuit dans sa cave ! On va rapidement au dénouement. Mais c’est ce qu’on peut appeler le début d’un troisième acte. L’héroïne est face au « méchant » qu’elle a traqué pendant toute l’histoire et elle se retrouve dans une situation ca-tas-tro-phique : seule avec lui, seule chez lui et il a une arme (mais ça va encore empirer). Elle fait ce qu’elle a à faire (en l’occurrence, elle fait son boulot). Mais on se demande comment ça va finir (les enjeux personnels sont tout à coup gravissimes, puisqu’elle risque de mourir maintenant).

Dans ces deux histoires, le pire (prochain tournant) ne tarde pas à arriver : Ripley va se retrouver dans le petit vaisseau de secours avec l’alien et Starling avance dans la cave avec Buffalo Bill et il n’y a plus de lumière. Certes, au cinéma, ça va « plus vite ». Mais j’ai donné deux exemples de troisième moment clé qui commencent mal. Or, parfois, ce grand tournant d’une histoire est un moment d’espoir.

 

  • Soit la tension est déjà à son comble à l’ouverture de l’acte parce que les conséquences de la difficulté frappe fort sont très négatives, et ça ne fait qu’empirer. Il n’y a pas (ou brièvement, faiblement…), de moment où le lecteur « reprend espoir ».
  • Soit un troisième acte commence par un moment où « tout va pour le mieux ». Les choses semblent s’arranger. J’avais même lu quelque part (je ne sais plus où), que dans certains romans et films, ce tournant donne l’impression d’une fin heureuse. La difficulté avait frappé fort et finalement les conséquences sont bonnes. En apparence. Temporairement, le lecteur ou le spectateur a l’impression que « c’est gagné ». Puis le pire se produit. Il est alors « amplifié » (puisque tout allait bien).

 

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Dans certaines histoires, le dernier acte commence si bien qu’on dirait que c’est fini et c’est gagné. Dans d’autres, les choses s’arrangent un peu. Il y a aussi de nombreuses histoires où les choses vont mal et il n’y a pas de répit, de pause, de fausse victoire ou d’espérance momentanée.

Le pire

Il peut être difficile d’identifier ça dans des romans et des films; parfois des fans, des journalistes, des critiques ne sont pas d’accord. Disons que ce tournant est, parfois, plus ou moins l’entrée dans le troisième acte ; on a plutôt une escalade : ça va mal et ça empire. Et dans d’autres histoires construites en trois actes, il y a d’abord un moment d’espoir, voire une presque fin heureuse, avant que le pire se produise.

Le pire est parfois « bref » ou « anodin » (en apparence) dans les romans et ce sont les conséquences du pire qui donnent le sentiment que c’est catastrophique, plus qu’un événement en lui-même. Par ex., un appel téléphonique : l’appel dure quelques secondes et il n’y a pas d’action palpitante, mais la nouvelle est complètement dévastatrice.

Le pire est parfois « long », comme un plongeon dans l’horreur, quelle qu’elle soit, pour le(s) personnage(s). Par ex., si vos personnages sont sur un bateau en train de couler, vous devrez peut-être écrire plusieurs scènes pour raconter ce « pire ».

Le tout est de se rappeler qu’il ne peut y avoir pire et que le pire a de quoi réduire à néant la meilleure des motivations. Et quand vous avez passé des mois (ou des années) à donner vie à un personnage (ou plusieurs), que vous avez souvent pensé à eux, que vous vous y êtes attaché presque comme s’ils existaient vraiment, et qu’il faut leur faire subir le pire, vous pouvez avoir des réticences. Malmener son héros peut vraiment être très difficile pour un auteur.

Le pire est le pire pour le héros. C’est à dire que pour un autre personnage, ce ne serait peut-être pas le pire. Ceci dit, dans de nombreuses histoires, le pire est le pire pour n’importe qui. Le plus important, il me semble, c’est qu’un lecteur ne voudrait surtout pas être à la place du héros à ce moment-là.

On peut déterminer ce tournant une fois qu’on connaît le premier moment clé. En effet, c’est l’exact inverse, dans le sens où c’est tout ce que le héros ne veut pas et ce que le lecteur ne veut pas, s’il est attaché au héros. Par exemple, Ripley dans Alien (et le spectateur), ne voudrait certainement pas se retrouver coincée avec le xénomorphe dans un tout petit vaisseau et toute seule et sans arme (je ne me souviens plus, mais je crois qu’elle n’en a pas).

Un lecteur de roman ne pense pas au pire. Quand ça se produit, oui, c’est vraiment la pire chose qui soit arrivée depuis le début de l’histoire. C’est cohérent, mais il ne s’y attendait pas. Souvent parce que plusieurs éléments indiquent plusieurs « pires » possibles ou plusieurs situations incarnant le pire.

En tant qu’auteur, il ne faut pas avoir peur d’imaginer le pire, par peur de ne pas trouver de solution pour en sortir ces personnages. Pour ce faire, si c’est difficile, mettez en face à face le pire et la fin. Listez plusieurs possibilités de pire et plusieurs fins.

Si vous ne voyez pas du tout comment sortir du pire pour arriver à la fin :

  • peut-être qu’il manque un élément à intégrer au milieu, ailleurs dans le deuxième acte ou dès le premier acte. Comme vous n’avez pas encore écrit, ou pas trop de pages, vous pouvez changer tout ce que vous voulez.
  • s’il ne manque rien, vous pouvez essayer de déterminer d’autres grands tournants avant le pire.
  • travailler plus sur ses personnages peut aider à mieux visualiser ce qu’ils peuvent faire à ce moment-là.

Sinon, au lieu d’imaginer « ce qui se passe », vous imaginez « ce qu’il ressent » d’abord et vous en déduisez ce qui pourrait se passer pour faire naître cette émotion, la pire de toutes. Si vous imaginez, par exemple, un héros en colère, qu’est-ce qui le mettrait dans une rage folle ? Si le pire de votre histoire devrait créer de la tristesse, qu’est-ce qui rendrait votre héros plus triste que jamais ? Si vous pensez plutôt à la peur, qu’est-ce qu’il faudrait écrire pour que la peur de ce(s) personnage(s) atteigne son paroxysme ?

Le pire n’a pas à être spectaculaire, car cela dépend de votre histoire / du genre. Si vous écrivez un roman intimiste, le pire sera peut-être « discret ». Pas de scène « d’action ». Le héros vit quand même l’horreur dans son histoire. Le lecteur vit l’horreur. Les conséquences sont catastrophiques. Tout est fichu.

Il doit se passer quelque chose et le lecteur doit ressentir que tout est fichu. C’est l’idée du pire, en somme 🙂

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Dans une histoire, il y a toujours un moment où ce qu’on ne veut surtout pas se produit : c’est le pire. Mais on ne savait pas forcément qu’on ne le voulait pas…

Le point culminant

On peut dire que la suite d’action/réactions/conséquences du pire mène au point culminant, mais en fait, tout mène à ce point de l’histoire. C’est pourquoi il s’agit d’un moment auquel le héros ne peut absolument pas échapper. Il ne peut pas fuir, se cacher, renoncer, demander à un autre personnage de faire ce qu’il y a à faire, etc. Donc, il ne peut pas retomber dans ses travers, ses peurs, ses mensonges, ses faiblesses ou quoi que ce soit qui, intérieurement, a posé problème…

En cela, le point culminant d’une histoire est le combat, l’affrontement, le face à face ultime avec le problème, l’antagoniste, etc., d’un point de vue concret mais aussi une sorte de face à face avec soi-même pour un héros. C’est généralement à ce tournant qu’un lecteur voit si le héros est vraiment courageux, intelligent, bon… ou quoi que ce soit de très important pour « gagner ».

  • Il ne suffit pas de combattre le dragon. Il faut quelqu’un qui ait le courage nécessaire.
  • Il ne suffit pas d’arrêter le tueur. Il faut quelqu’un capable de penser comme lui.
  • Il ne suffit pas de faire exploser le vaisseau des extraterrestres. Il faut quelqu’un d’assez déterminé pour aller poser la bombe.
  • Etc.

Le point culminant mène à la fin d’un roman. Ce sont donc les derniers grands moments qu’un lecteur ayant lu tout votre roman passe avec vos personnages. C’est pourquoi, dans les romans, tous genres confondus, on voit généralement quelque chose de poignant, saisissant, pour que le lecteur n’oublie pas (trop vite) cette histoire.

Parmi les techniques courantes permettant de faire « culminer » une histoire, vous connaissez sans doute :

  • le twist final (rebondissement de dernière minute)
  • l’antagoniste qu’on n’avait jamais vu jusque-là et le voilà enfin (coucou) au point culminant !
  • le ou les antagonistes bien plus nombreux, forts, puissants, fous, dangereux, mesquins… qu’on ne le pensait
  • la mort (ou autre drame) d’un personnage auquel le héros est attaché
  • l’impossibilité pour le héros d’échapper à sa plus grande peur
  • l’énorme sacrifice que le héros doit faire pour « gagner » (il y laisse des plumes, au sens propre s’il y a blessure ou au sens figuré s’il y a blessure intérieure)
  • le déclic qui n’a jamais eu lieu chez le héros et qui a enfin lieu  : il comprend ce qu’il y avait à comprendre au point culminant, pas sur lui-même mais pour résoudre une énigme, une enquête…

Il s’agit de trouver quelque chose pour que le point culminant porte bien son nom. Mais dans de nombreuses histoires, je crois qu’il suffit de voir combien le héros a changé pour un point culminant appréciable, voire mémorable. Si l’auteur décide que le héros doit changer.

Enfin, le point culminant est un moment idéal pour les « grandes choses ». Dans le cas où vous avez un « message » à faire passer symboliquement (pas indispensable, mais certains auteurs en ont un), par ex., « nous sommes en train de détruire la planète » ou « une mère est prête à tout pour son enfant », il faut voir si le point culminant n’est pas le plus approprié pour ça ; c’est souvent le cas.

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Concrètement, le point culminant d’un roman est un moment « sous tension » mais il faut aussi prévoir que le héros devra achever de montrer qui il est.

Dénouement

Le dénouement, c’est la fin d’une histoire. Elle peut être heureuse, pas heureuse, mitigée. J’aime le mot dénouement parce que ça dit bien que ça se dénoue ! La fin répond aux questions (importantes) précédemment posées.

Il ne se passe plus rien de grave, poignant, haletant… La tension du point culminant retombe. La principale difficulté, à mon avis, c’est de parvenir à planifier puis écrire une fin qui ne soit ni trop longue, ni trop courte.

Et bien sûr, il y a le problème de la prévisibilité !

Parfois la fin d’une histoire est trop prévisible (trop de préfiguration). Parfois elle est tellement imprévisible qu’elle a l’air de sortir d’un chapeau magique (pas assez de préfiguration, il manque un élément quelque part…). Il vaut mieux, évidemment, qu’on ne puisse pas prédire la fin, mais la fin ne doit pas pour autant être totalement incohérente par rapport au reste de l’histoire.

Une fin de roman peut laisser imaginer la suite en bonne partie ou être plus « précise ». S’il raconte une histoire d’amour et qu' »ils » s’aiment enfin à la fin, un auteur peut choisir de montrer :

  • qu’ils se marient : les choses sont claires ;
  • qu’ils se déclarent leur amour : les choses sont claires mais le lecteur peut imaginer qu’ils ne se marieront pas ;
  • qu’un des deux envoie un clin d’œil à l’autre : l’avenir est déjà moins certain, il appartient au lecteur d’imaginer qu’ils se diront bientôt qu’ils s’aiment, ou pas.

C’est une décision importante à prendre. Autre décision : quelles questions seront résolues quand le lecteur arrivera au dénouement ?

Il faut essayer de « satisfaire » le lecteur : s’assurer qu’on offre toutes les réponses aux questions importantes posées par l’histoire. Je peux refermer un roman en me posant des questions, mais pas des questions cruciales à propos de l’intrigue. Même si la fin d’une histoire n’est pas heureuse ou pas tout à fait, et même si le lecteur peut imaginer beaucoup de choses à propos de ce qui pourrait se passer après, il est satisfait si le dénouement résout toutes les grandes questions.

Mais pas forcément toutes les questions.

Par exemple, l’histoire d’un héros qui a cherché son chat perdu pendant tout un roman aura entraîné diverses questions « annexes » à la problématique majeure, comme : le voleur de chats sera-t-il puni, le chat de santé fragile se remettra-t-il de sa mésaventure et la dame qui avait aidé le héros au début, parce qu’elle avait elle-même perdu son chat un jour, et qui avait juré de ne plus jamais reprendre de chat, reprendra-t-elle un chat ?

Il me semble qu’un lecteur pourrait se sentir « trahi » s’il refermait le roman en ne sachant pas si le voleur de chats sera puni et si le chat de santé fragile se remettra de sa mésaventure. Ou qu’il ait au moins un indice pour imaginer une réponse à ces grandes questions. Maintenant, il est moins grave que l’histoire ne réponde pas à la question à propos de la dame qui avait juré de ne plus jamais avoir de chat.

En tant qu’auteur, c’est difficile, parce qu’on peut avoir envie de résoudre absolument tout, et ne laisser aucune question en suspens. Mais en tant que lecteur, on n’a pas forcément envie de tout savoir à la fin. C’est même parfois appréciable d’imaginer soi-même certains détails.

 

Éléments de réflexion pour imaginer un dénouement

Personnellement, le dénouement de mon premier roman a été extrêmement difficile à planifier puis à écrire (réécrit mille fois). Voici quelques questions qu’on peut se poser pour y réfléchir pendant la phase de préparation d’une histoire*.

  • Le dénouement que je prévois montre-t-il bien que le gros problème qui sous-tend toute l’histoire est résolu ? S’il reste des questions en suspens, elles ne doivent bien sûr pas concerner le conflit majeur de l’histoire.
  • Mon héros est-il bien directement responsable du dénouement et est-il personnellement concerné par les conséquences du dénouement ? Parce que s’il n’y est pour rien, et que la fin de l’histoire ne change rien à sa vie, un lecteur a suivi toute la quête du héros pour rien.
  • Le dénouement est-il à la hauteur de ce que le héros a enduré ? Par exemple, si un héros a vu son village être détruit par le dragon, entre autres atrocités, ne mérite-t-il pas à la fin une petite consolation ? Comme retrouver sa mère ou au moins son chat ou un album photos qui n’a pas été détruit, etc. ?
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La fin fait partie de ce qu’il y a de plus difficile à établir. C’est si difficile que certains auteurs commencent par imaginer une situation finale et ensuite, seulement, ce qui va y mener.

Voilà, j’espère que cette petite étude vous a aidé à y voir plus clair. Bien sûr, je débute alors je suis encore en train de m’approprier tous ces principes moi-même.

Ce qui m’aide beaucoup, c’est d’essayer de repérer les tournants clés dans les romans.

Si vous voulez étudier une structure de récit pour tenter de repérer ses grands tournants, avec un écrivain particulièrement doué pour construire des intrigues complexes qui requièrent certainement des heures de casse-tête, je vous suggère un thriller de l’auteur américain John Grisham, comme La Firme.

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Lire un maître des histoires aux structures ultra-complexes pour mieux appréhender les mécanismes d’un récit.

* Des questions inspirées d’un livre de Janice Hardy consacré aux révisions, mais que je trouve utiles aussi pendant la structuration d’une histoire.

Sources principales

Autres sources : thescriptlab.com et jamigold.com.

2 commentaires sur “La structure en 3 actes pour écrire un roman (3/3)

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