J’ai fini de lire Terreur de Dan Simmons

La vie est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève.

Thomas Hobbes, Léviathan (1651).

J’ai lu Terreur de Dan Simmons avec les yeux d’une personne qui essaie d’écrire un roman.

Avant, certains détails n’avaient pas d’importance et je ne me posais pas tant de questions, sur les intentions de l’auteur, sur le choix des points de vue narratifs, etc. ! Je me mettrais des baffes certains jours 🙂

Mais ça ne m’empêche pas d’apprécier une lecture. Et j’ai tellement aimé ce roman que je vais en parler un peu, juste en tant que lectrice. Je promets de ne rien dévoiler, au cas où vous voudriez le lire.

Je sais qu’ils vont bientôt diffuser une série adaptée du roman. J’aimerais vraiment la voir. Je me demande s’ils vont la diffuser en France ?

Juste une chose, ce roman est vraiment très long, 700 pages ; j’ai vu quelque part qu’il comptait 300 000 mots. Mais je l’ai fini en un mois et quelques et j’ai peu de temps pour lire. Un peu tous les soirs et on en vient à bout !

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La véritable histoire

Ce qui est fascinant avec le roman Terreur, c’est que l’histoire, mêlant aventure, fantastique, horreur, raconte un terrible événement réel qui a sa part de mystère. Il y a beaucoup de faits réels, de vrais détails historiques dans le roman ; je n’ose imaginer le travail de recherche que ça a dû demander… Et l’auteur fait sa proposition fictive là-dessus. Tout est parfaitement tissé, on peut se douter que certains détails sont vrais, d’autres pas, et parfois, on ne sait pas.

Donc Terreur est parfois désigné comme une fiction historique, mais je crois qu’il est classé en librairies dans le genre horreur.

Une expédition vers l’Arctique, l’expédition Franklin, est partie d’Angleterre en 1845, avec deux bateaux, le HMS Terror et son sister-ship le HMS Erebus (après la lecture de Terreur, vous devenez incollable sur le lexique maritime…).

Ainsi, le roman se passe dans cette région du monde où le soleil ne « se lève plus » pendant des mois et quand il fait zéro degrés Celsius, vous avez trop chaud, tellement vous êtes habitué aux moins 40°C (et bien moins encore).

Cette expédition n’est jamais revenue…

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Lieu où se passe l’histoire du roman et où la véritable histoire s’est déroulée.

Qu’est-il arrivé aux quelques 130 hommes de l’expédition Franklin ?

Depuis le 19e siècle et jusqu’à nos jours, il y a eu de nombreuses expéditions de recherches. Des Inuits ont pu témoigner de ce qu’ils ont vu. On a retrouvé des squelettes, des canots, des objets, et même des tombes. Dès 1859, on a trouvé deux messages du capitaine Crozier, le capitaine du navire Terror (et principal protagoniste du roman).

On sait qu’ils ont été bloqués dans les glaces en 1846, qu’ils ont abandonné les navires, et on peut retracer leur itinéraire.

Et puis arrivent les années 1980, l’exhumation de corps bien préservés dans la glace et les analyses scientifiques. On apprend alors que les marins de l’expédition Franklin ont souffert du scorbut. Dans le genre maladie atroce, on trouve difficilement pire…

« Le scorbut est un assassin insidieux. Il torture longuement ses victimes avant de leur accorder la paix du trépas. » (Terreur, Dan Simmons).

On sait qu’il y a eu également une intoxication au plomb (à cause des boîtes de conserve, qui venaient juste d’être inventées à l’époque) et aussi du cannibalisme (les marques sur les ossements découverts ne laissent planer aucun doute).

Ils ont donc vécu l’enfer. Pendant de longs mois.

En 2014, on a retrouvé l’épave de l’Erebus. Et en 2016, celle du Terror.

Ma lecture de Terreur

Terreur commence un « jour hivernal d’octobre 1847 ». Ils sont bloqués dans les glaces près du pôle Nord, et il y a cette chose qui rôde…

« la chose des glaces ».

Une situation déjà complètement désastreuse dès le départ (j’aime quand ça commence déjà mal !) ne fait que se dégrader. Il fait moins je ne sais combien, il y a ce truc surnaturel qui menace, les réserves de nourriture qui (bien que considérables) ne dureront pas indéfiniment ; il y a la crainte d’une mutinerie, des maladies dont le terrible scorbut…

Vous vous dites, à chaque page, que ça ne peut pas être pire et pourtant si. Et c’est comme ça tout au long du roman.

Et vous êtes emporté dans la fiction, mais par moments, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser à ceux qui étaient sur ces bateaux. 

Revenons au roman. Nous faisons vite connaissance avec le capitaine Francis Rawdon Moira Crozier. Il est le personnage central. Mais on ne peut pas l’appeler « héros » de l’histoire.

Crozier (tel que dépeint par Simmons), a quelques qualités. Disons que je lui en vois au moins une ; il se conduit en capitaine de la Royal Navy même dans la merde la plus totale au pôle Nord !!!

Mais ses défauts font qu’il est difficile de « l’aimer ». C’est mon ressenti. Je ressens aussi que Dan Simmons a voulu mener ce personnage vers autre chose au fil de ses déboires. Peu à peu, je me suis quand même attachée. Les points de vue narratifs font bien leur job. Vous pouvez constater l’utilisation du point de vue qu’on appelle « omniscient ». Il crée cette petite distance entre le lecteur et les personnages, mais il ne pouvait en être autrement.

Malgré les reproches qu’on peut lui faire, je pense que cette histoire ne pouvait pas être mieux racontée.

On rencontre au moins un point de vue narratif interne, celui du Dr. Harry Goodsir.

« Je n’ai rien d’un docteur en médecine, il ne faut point l’oublier. Je suis anatomiste de formation et expert en chirurgie ».

Ah ! Le « docteur »… Les chapitres racontés de son point de vue son écrits à la première personne, car il s’agit de son journal. Est-ce que le vrai Goodsir (il a existé, lui aussi) tenait un journal ? Je ne sais pas, sans doute ; ça se faisait à l’époque. Et dans son journal, qui certes apporte un côté encore plus « véridique », le docteur fait les dialogues, comme l’auteur le fait dans les autres chapitres. C’est vraiment bizarre à lire.

Cette bizarrerie mise à part, Harry Goodsir est, de mon point de vue, plus « aimable » que Crozier. Je me demande même si ce n’est pas mon personnage préféré. Ou c’est l’enseigne de vaisseau de deuxième classe John Irving ? Ou le capitaine de frégate James Fitzjames ? Ou le pilote des glaces Thomas Blanky ? Ou le chef de la hune de misaine Harry Peglar ? Ou le premier maître Charles Des Vœux ? (il n’y a qu’une femme dans le casting).

Les personnages sont nombreux. Plus ou moins centraux, ou secondaires, ils sont très nombreux ! Et parfois, je m’y perdais un peu dans les noms. Même si Dan Simmons rappelle souvent le métier de chacun…

Ah… les métiers à bord des navires ! J’ai bien fait de lire Terreur sur mon Kindle Paperwhite, tiens : il suffit d’appuyer sur un mot pour avoir sa définition.

En plus du vocabulaire maritime, il y a, de temps à autre, des mots comme ça, qui vous évoquent vaguement quelque chose et puis non, ça ne vient pas… comme… propitiatoire. Je l’avoue sans honte, j’ai ouvert le dictionnaire.

Et tous ces mots relatifs à la banquise !! Bourguignon, hummock, sérac, crête de pression… Sincèrement, on finit par s’y faire. Mais comme les descriptions sont nombreuses, détaillées et répétées, mieux vaut regarder ce que ça signifie.

On reproche souvent ça au roman Terreur. Je me suis dit plusieurs fois que Dan Simmons abusait un peu. Mais je pense aussi qu’avec tous ces noms de marins et leurs métiers, vous ne pouvez pas oublier que vous lisez une fiction basée sur une histoire vraie. Et ce foisonnant vocabulaire de la banquise, je trouve que ça donne une impression de « monde inconnu » qui  vient renforcer l’hostilité du milieu hostile (comme j’aime les histoires dans les milieux hostiles !).

On peut éventuellement se noyer dans un excès de détails, par moments. Oui, les descriptions peuvent être longues et extrêmement minutieuses, presque scientifiques. Par contre, si un passage vous paraît long, en général, vous êtes « récompensé » après, avec une bonne grosse frayeur. Car il y en a plus d’une. Et des passages bien répugnants.

C’est bien un roman d’horreur. Mais avec un côté documentaire historique.

Mon grand regret

Je ne vais pas développer, au risque de trop en dire.

J’étais complètement là-bas, sur la banquise, avec Crozier, Goodsir, les fusiliers marins et tous les autres, à souffrir avec eux. Quitter cet univers m’a fait de la peine et en même temps… pfiou ! C’est enfin terminé !!

J’ai juste décroché pour les aspects mythologiques et fantastiques. J’ai essayé de m’accrocher, mais peine perdue.

Egalement, je n’ai pas du tout aimé la fin.

Et je n’ai pas tout compris.

Mais comme j’ai lu très vite quelques parties qui m’ont moins plu, je pense que si je reviens sur quelques passages, je vais finir par comprendre.

L’auteur

Dan Simmons est un grand auteur américain de science-fiction et de romans d’horreur. Il a reçu de nombreux prix prestigieux. Il est né en 1948. Son roman Terreur a été publié en 2007. Il a été adapté pour la télévision en 2018. Dan Simmons n’est pas l’auteur le plus « facile » à lire, mais c’est un brillant conteur.

 

 

3 réflexions sur “J’ai fini de lire Terreur de Dan Simmons

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