J’ai fini de lire Dominium Mundi de François Baranger

J’ai récemment voulu lire de la science-fiction française et on m’a recommandé le roman Dominium Mundi de François Baranger. Ce qui suit est mon expérience de lecture (sans spoiler au cas où).

En tant qu’auteur en galère sur un roman, je suis très contente d’avoir découvert François Baranger, son travail, son univers, ses inspirations, son imagination et ses choix.

Je n’ai toutefois pas aimé cette lecture.

Une idée originale

Ceux qui essaient d’écrire un roman savent que trouver/développer une idée originale est une torture. Oui, oui, tout a été fait… mais il est toujours possible d’écrire une histoire qui n’a jamais été racontée. Et c’est le cas, ici.

C’est cette originalité qui m’a attirée, et ce que j’ai aimé avec le premier tome du diptyque Dominium Mundi, avec cette histoire qui se déroule dans l’espace et dans les années 2200, mais sous l’Empire Chrétien Moderne.

dominium-mundi-baranger

« Un navire militaire armé par le Vatican et donc intégralement soumis à l’autorité du souverain pontife. »

L’immense vaisseau Saint-Michel, transportant un million de passagers, est en route pour la planète Alpha du Centaure (où se trouve le tombeau du Christ), et ce voyage est une expédition militaire chrétienne, autrement dit une croisade. A bord, les chefs sont des religieux et le monde est désormais régi par le pape, Urbain IX.

Nous sommes bien dans le futur, mais également dans une société médiévale sous de nombreux aspects.

Les nobles ont les plus hautes fonctions. Par exemple, le commandant de bord du Saint-Michel n’est autre que le frère du roi de France. Les femmes doivent obtenir le consentement de leur père pour se marier. Elles ne travaillent pas, sauf si elles rejoignent l’armée. Les relations avant le mariage, l’homosexualité, le blasphème, la moindre remise en question de sa foi sont des péchés pouvant être durement réprimés.

Par ailleurs, les noms des personnages valent le détour dans ce roman de voyage spatial : Godefroy de Bouillon, Robert de Montgomery, Bohémond de Tarente…

J’ai conscience que ça peut paraître loufoque, mais pour moi, tout ceci est habilement mis en place afin que s’opère la fameuse suspension consentie de l’incrédulité.

Bonjour les magouilles…

Bien que ça ne fasse pas partie de mes centres d’intérêt, je trouve que l’autre point fort du Livre 1 de Dominium Mundi est le traitement des luttes de pouvoir et ambitions personnelles détournant les dirigeants de leurs devoirs. Intrigues, manigances et manipulations, en veux-tu, en voilà.

Ceci a plus de poids sur l’histoire que la religion, pourtant omniprésente. Mais je pense que si on est croyant, il n’y a rien d’offensant et si on n’est pas croyant, il n’y a rien d’offensant non plus. De ce point de vue-là, je trouve le roman très intelligent.

Un roman « masculin »

Dominium Mundi est probablement plus susceptible de toucher et satisfaire des lecteurs que des lectrices, sauf exceptions.

Nous sommes dans une histoire de préparation à la guerre ; il y a plusieurs scènes relativement longues d’entraînement au combat, via des simulations à bord du vaisseau, suffisamment de détails à propos de l’armement, des technologies et de la castagne pour ressentir qu’on lit « une histoire de mecs ».

Les deux personnages principaux sont Tancrède de Tarente, un grand guerrier, et Albéric Villejust, un informaticien. Les émotions les plus fortes que l’on peut (éventuellement) ressentir à l’égard du premier proviennent essentiellement, je pense, de ses succès et échecs militaires, ses liens d’amitié, l’honneur et le déshonneur (militaire surtout, mais aussi familial), la gestion de la colère… Quant aux émotions pouvant naître via l’attachement au second personnage, elles sont surtout en lien avec le travail qu’il effectue à bord et sa condition d’enrôlé de force.

Donc certes, le roman soulève des questions qui concernent toute l’humanité, mais je sens que la quintessence tourne autour de préoccupations « relativement masculines » en général.

La préparation au tome 2

Il y a des premiers tomes de séries littéraires dont les dénouements apportent les réponses aux principales questions posées par l’histoire. Si vous voulez les réponses, ici, il n’y a vraiment pas d’autre choix que lire le tome 2. 

J’ai senti assez tôt, pendant ma lecture, que ce roman était une sorte de mise en place pour une deuxième partie. Ce n’est pas plus mal ; ça évite de tomber de trop haut à la fin.

Donc, pour moi, il n’y a pas de sentiment de « trahison » ; c’était plus ou moins « annoncé » (depuis le milieu peut-être) qu’on n’aurait pas les réponses cruciales au dénouement.

Mais généralement, je préfère lire un roman et choisir ou non de lire la suite.

Bye bye Hollywood

C’est triste à dire, mais lire un roman de science-fiction militaire/space opera dans lequel les personnages portent des noms français, qui plus est moyenâgeux (il y a aussi des belges et des italiens) et sont de culture française, ça me fait des vacances.

Je baigne depuis toute petite dans la culture américaine en ce qui concerne la science-fiction, la fiction en général même, et je me souviens, en refermant Dominium Mundi, qu’il est possible d’en sortir.

Trop lisse pour moi

Ce roman ne m’a pas captivée ; je crois savoir d’où vient mon manque d’intérêt. Il m’a manqué quelque chose de « sombre ». Aucun personnage n’est vraiment « tordu » 🙂

Je ne sais pas comment dire, mais ça fait « propre ».

Personne n’est vraiment cassé par la vie, déglingué de souffrance, immoral, alcoolique ou pervers (à part ça, je suis quelqu’un de très comme il faut). Peut-être que ça vient de ma lecture précédente, particulièrement sombre.

J’admire ce que cet auteur a réussi à faire, mais je regrette que tous ces hommes qui sont des soldats se préparant à la guerre sur une autre planète aient un si bon fond, et tout finit par s’arranger avec une franche rigolade. Pendant toute une partie de l’histoire, c’est un petit peu l’impression que j’ai pu avoir. Ils ont bien des défauts, malgré tout. Mais rien de dérangeant, vicieux, perfide, sale et moche, rien de tordu quoi.

Heureusement, l’atmosphère de camaraderie, les rires entre potes autour d’une bière, la tolérance des uns et des autres… ça commence à prendre une autre tournure à partir d’un moment. Et c’est très bien fait parce que vous sentez que ça ne va pas durer. Vous vous dites qu’ils vont se faire ratatiner, tous ces gentils gars, qu’ils sont loin d’imaginer ce qui va leur tomber dessus.

Et puis vous comprenez que ce ne sera pas dans ce tome 😦

Certes, Tancrède a son fardeau, son boulet du passé. Mais ça ne le rend pas « trouble » de mon point de vue. On suit des « mecs biens », ce qui ne gâche pas la lecture, mais pour moi, rend l’attachement difficile.

Et en parallèle, les antagonistes ne m’ont pas fait d’effet. J’ai bien détesté Robert de Montgomery par moments. Il est réussi ce fumier. Je regrette tellement qu’on ne sache pas pourquoi il est si méchant, dans le fond, et surtout qu’il ne soit pas plus « directement » méchant (il magouille beaucoup et a un homme de main).

Il y a aussi un mystérieux méchant 100% méchant dont les motivations sont indécelables. Je n’accroche pas à ces méchants-là.

Sans spoiler, j’ai trouvé très, très malin la partie concernant les extraterrestres. J’étais bien frustrée et il me semble que c’était le but.

Parfois des informations « données gratis »

Dominium Mundi m’impressionne beaucoup. Mais j’ai reçu des informations alors que je préférerais constater les choses par moi-même.

« entrevoyait chez lui une chaleur humaine et une intelligence certaine qui lui plaisaient. Liétaud, son frère, bien qu’impulsif et parfois immature, lui semblait être d’un tempérament résolument optimiste et sociable. »

Bon, c’est juste un exemple pour expliquer. Je préfère qu’on me montre concrètement la chaleur humaine, l’intelligence, l’impulsivité, l’immaturité, l’optimisme et la sociabilité, par exemple à travers des actes ou des paroles, pouvoir me faire cette idée par moi-même, plutôt qu’on me le « serve ».

Pour être exacte, on a l’occasion plus tard de constater certains de ces traits de personnalité des personnages en question dans cet exemple ; ça ne manque certainement pas de procédés qui rendent les personnages vivants.

C’est juste que par moments, je me sentais trop guidée dans ce que je dois penser des uns et des autres.

Mais si j’arrive à faire le cinquième de ce que cet auteur a fait, ce sera littéralement un miracle béni par tous les saints, amen et alléluia.

Pour conclure

Ce n’était pas un roman pour moi. Je ne suis pas sensible aux thèmes, je ne me suis pas attachée aux personnages, je n’ai pas ressenti d’émotions fortes. Mais le roman a une histoire originale et un univers aussi impensable que crédible. C’est également agréable de lire de la science-fiction française.

Je ne lirai pas la suite des aventures du beau Tancrède. Si vous aimez le voyage spatial, les « machins militaires », les magouilles, les « puissants contre les faibles », le Moyen Âge également, vous allez sûrement passer un bon moment. C’est agréable à lire, bien raconté. Il se passe toujours quelque chose, il n’y a pas de passages qui s’éternisent.

L’auteur

François Baranger est un auteur français né en 1970. Dominium Mundi Tome 1 est son premier roman, publié en 2013 (éditions Critic). Il est aussi graphiste/illustrateur notamment pour le cinéma et les jeux vidéos.

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