Les thèmes d’un roman (1/2)

J’ai commis beaucoup d’erreurs avec mon premier roman, actuellement en stand-by et l’une des erreurs les plus difficiles à rectifier concerne les thèmes du roman.

Pour éviter de me retrouver dans la même situation avec mon projet actuel, j’ai fait de longues recherches et j’ai bien réfléchi. Je livre ici le fruit de ces recherches et réflexions.

Qu’est-ce qu’un thème ?

Je dirais qu’avec un thème, une histoire a du sens. Elle valait la peine d’être écrite. Elle peut « parler » à quelqu’un ; elle peut toucher quelqu’un. Il y a quelque chose de « plus grand » que les événements relatés.

Avec certains romans et/ou selon les auteurs, il nous est facile de saisir le ou les thèmes, en tant que lecteurs : nous identifions consciemment ce « quelque chose qui nous interpelle ». Parfois, c’est relativement obscur. Cela mériterait une étude de texte. Certains d’entre nous recherchent ce que tel auteur « a voulu dire » dans tel roman. Nous « sentons » que l’histoire pose une grande question, sans parvenir à la déceler tout à fait.

Donc un thème peut apparaître de façon plus ou moins évidente à un lecteur. Et il faut dire, aussi, qu’un thème peut raisonner fortement chez un lecteur, tandis qu’un autre n’y sera pas sensible. Idem lorsque des romans ont plusieurs thèmes : des lecteurs vont en déceler un et pas d’autres, ou être touchés par un thème et pas par un autre.

Les thèmes d’un roman peuvent être « universels » et « intemporels » lorsque, par exemple, ils touchent au sens de la vie, à l’amour, l’amitié, la famille, la maladie, le deuil, la mort, le bonheur… La ou les questions suscitées par l’histoire concernent tout être humain, d’hier, d’aujourd’hui, de demain. J’ai même lu que c’est relatif à la condition humaine : qui sommes-nous, que sommes-nous, pourquoi sommes-nous comme nous sommes, pourquoi existons-nous, pourquoi devons-nous mourir…

Et puis, il y a des thèmes plus spécifiques à une société et/ou une époque. Ce n’est pas propre à la science-fiction, mais on en trouve volontiers dans ce genre littéraire, par exemple, de nombreux romans de SF questionnent l’utilisation que nous faisons de la technologie ou ses dérives.

Ce qui me fait penser qu’un thème est en partie dépendant du genre littéraire. Je dirais plus exactement qu’il est en phase avec le genre.

Si vous écrivez un roman d’amour, vos lecteurs ne s’attendent pas à ce que le thème majeur (ni même aucun thème secondaire – je reviens sur l’idée de thème majeur/secondaire dans un instant), soit en lien avec une question comme « sommes-nous seuls dans l’univers ? », n’est-ce pas 🙂 Donc c’est un autre aspect du thème en littérature qu’il faut prendre le temps de méditer, parfois.

Ce qu’un thème n’est pas

Un thème n’est pas un sujet

Le thème est plutôt une « proposition » ou une « question ». Tandis qu’un thème, ça peut interpeller, toucher, parfois chambouler un lecteur, un sujet ne provoque pas d’émotions, ne suscite pas de questions. 

Par exemple, la mort est un sujet. Une histoire peut traiter du sujet de la mort. Le thème d’un roman dont le sujet est la mort soulèverait une question relative à la mort, comme « et s’il y avait une vie après la mort ? » (parmi une infinité de possibilités).

Un thème n’est pas une morale

Pour moi, une morale autorise ou condamne quelque chose. Une morale dit ce qui est bien ou mal. Une morale suggère ce qu’il faut croire, propose « une vérité ». Rien ne sert de courir ; il faut partir à point (Jean de La Fontaine). Voilà à quoi ressemble une morale.

Vous pouvez être d’accord ou pas, avec une morale. Avec un thème, il n’est pas question d’être d’accord ou pas.

Un thème n’est pas un avis ou une opinion

Un auteur peut écrire un roman sans avoir d’opinion ou d’avis tranché sur la/les question(s) que son histoire génère. Par exemple, un auteur peut écrire un roman dont l’histoire semble demander s’il y a une vie après la mort et être lui-même dans le doute ; il aimerait bien que la réponse soit « oui », parfois il pense que non, il n’a pas de position là-dessus.

Un auteur peut également suggérer des choses auxquelles il ne croit pas personnellement. Vous lisez un roman dont la grande question semble être « Et s’il y avait une vie après la mort ? » ; l’auteur peut très bien soulever la question en étant lui-même déjà convaincu que oui (ou non). Seulement, son histoire n’impose aucun point de vue.

Un auteur peut même suggérer qu’il y a bel et bien une vie après la mort, à travers toute une histoire, alors que lui-même est convaincu qu’il n’y en a pas. Et si ça lui chante, dans le roman suivant, il fera l’inverse. Il écrira toute une histoire qui suggérera que la vie après la mort n’existe pas.

Donc, ce n’est pas du tout un avis ou une opinion de l’auteur. C’est vraiment propre à l’histoire qui est racontée. C’est ce que l’histoire pose comme question(s).

Doit-on écrire un roman avec un thème ou plusieurs ?

Je pense que ça dépend en bonne partie de la complexité d’une histoire. Imaginez un thriller sur fond de complot politique à l’échelle de la planète avec cinq personnages importants et qui se déroule sur une vingtaine d’années… Et imaginez l’histoire d’une jeune femme qui cherche l’amour au cours d’un week-end.

La première histoire va probablement offrir à son auteur de quoi développer plus de thèmes. La première histoire sera sans doute un « pavé », comme on dit, et si elle tourne autour d’un seul et même thème, ça risque d’être « creux » au niveau du sens. A l’inverse, si l’histoire d’amour est un roman court qui touche à huit thèmes différents, j’aurai peut-être du mal à trouver un sens à l’histoire.

Cela dit, ça dépend des choix de l’auteur avant tout. Chacun fait ce qu’il veut !

Le plus souvent, un roman est « satisfaisant » lorsqu’il répond aux principes ci-dessous – je dis bien « principes » et non règles absolues, mais ces principes vous évoqueront sûrement quelque chose, parce qu’on les retrouve dans presque tous les romans qui ont trouvé leurs lecteurs (ils ont plu).

L’histoire possède un thème qui domine l’autre/les autres

Les romans satisfaisants (je préfère ce terme à « bons » romans) ont rarement un seul thème. Mais surtout, un thème a plus d’importance que l’autre (ou les autres). Je l’appelle « le thème majeur » et je désigne les autres thèmes comme « secondaires ».

Le nombre n’est pas ce qu’il y a de plus important (même s’il faut évidemment des limites, sans quoi ça n’a plus de sens !) ; c’est surtout la place que les thèmes prennent dans l’histoire. Si trop de thèmes ont la même importance dans une histoire, ça peut devenir compliqué d’y trouver un sens. Mais parfois les romans ont un nombre assez important de thèmes et pourtant, l’histoire a du sens, parce que tous les thèmes ont un lien fort entre eux.

Les thèmes secondaires ont tous un lien avec le thème majeur

Un roman dont l’histoire aurait pour thèmes « les vicissitudes de l’adolescence » et « le premier amour » aura un plus grand potentiel de captiver des lecteurs qu’un roman ayant pour thèmes « les vicissitudes de l’adolescence » et « la cupidité ». Avec le premier duo de thèmes, on sent immédiatement quel lien ils peuvent avoir. Dans le second exemple, le lien ne paraît pas évident.

Les liens n’ont pas à être « évidents ». Mais si une histoire touche à plusieurs thèmes sans aucun lien avec le thème majeur, elle va donner l’impression d’éparpillement et il sera difficile pour un lecteur de dégager « du sens » (consciemment ou pas).

Si vous utilisez des thèmes secondaires pour alimenter, soutenir, servir ou éventuellement renforcer le thème majeur de votre roman, les questions que votre histoire soulève « tournent autour » d’une seule et même « grande question ». Ceci génère une vraie cohésion et ce que l’on pourrait même appeler, je crois, de la « profondeur » ou une espèce de « force ».

Je le perçois par exemple dans le roman Terreur de Dan Simmons : il y a plusieurs thèmes ; ils sont liés les uns aux autres autour d’un thème majeur et ça donne un roman avec beaucoup de « force ». Par contre, je n’ai pas assez d’expérience pour identifier tous les thèmes (je pense aussi que je ne suis pas sensible à tous les thèmes du roman, je n’en retiens qu’un seul alors que je sais qu’il n’y en pas qu’un).

Parfois les liens entre les thèmes d’un roman sont tous très forts, parfois c’est plus « lâche et flou » mais un roman ne peut pas toucher à « plein de thèmes sans rapport les uns avec les autres » et être satisfaisant.

Qu’est-ce qu’une thèse ?

Il faut bien en parler aussi, donc allons-y. Je dirais qu’un roman a forcément un thème, mais pas forcément une thèse. Ici une vidéo de 40 minutes expliquant ce qu’est le « roman à thèse » : mise en fiction d’une idée – use de la littérature pour oeuvrer à la promotion ou la dénonciation idéologique – un roman fondé sur l’esthétique du vraisemblable et de la représentation qui se signale au lecteur comme porteur d’enseignement…

De mon point de vue, la thèse est une réponse possible à la question majeure que soulève un roman via son thème majeur. C’est la réponse que propose l’auteur.

La thèse d’un roman, c’est quelque chose qui évoque un certain « engagement » (de l’auteur). A travers des événements fictifs, une histoire semble parfois, par exemple, dénoncer quelque chose.

L’engagement peut être d’ordre philosophique, moral, politique, religieux, économique… On perçoit, ou c’est flagrant, que l’auteur du roman proposant une thèse a un « message à faire passer ».

En tout cas, c’est ainsi que je comprends la thèse d’un roman. Il faut dire qu’il y a plus d’une façon de l’envisager.

Comment des thèmes apparaissent à l’auteur d’un roman ?

Personnellement, après m’être plantée en beauté avec un premier roman, je préfère aujourd’hui travailler de façon consciente sur mes thèmes.

Première raison : beaucoup de choses peuvent s’échapper de votre inconscient quand vous écrivez le premier brouillon de votre manuscrit et ça vous donne l’impression de ne rien contrôler. Deuxième raison : nous parlons de grandes questions susceptibles de toucher profondément certaines personnes.

Vous savez qu’un roman a le potentiel de marquer profondément quelqu’un qui, à ce moment-là de sa vie, va être extrêmement réceptif à un thème. Parfois, des romans changent le cours de la vie des gens. J’ai déjà lu un roman qui m’a sérieusement chamboulée.

C’est pourquoi je pense qu’il faut maîtriser de notre mieux ce que nous faisons avec les thèmes.

Mais les auteurs ne travaillent pas tous de la même manière. Je relève (au moins) les façons suivantes de travailler cet aspect d’un roman.

L’auteur a une idée de thème en préparant son histoire

C’est ce que nous allons voir dans le prochain article à propos des thèmes d’un roman, comment trouver, comment développer des thèmes en travaillant sur la structure de l’histoire et ce qui va arriver aux personnages, mais surtout celui qu’on appelle le protagoniste.

Pour ma part, c’est ce qui fait prendre le moins de risques. Après, l’idée de départ peut changer en cours de route et d’autres thèmes peuvent apparaître. Mais on a (plus ou moins) déterminé un thème majeur ; on ne le perd pas de vue et au moment des révisions, on peut éviter quelques gros problèmes, comme : aucun thème ne transparaît clairement, ça n’a pas de sens, que dit l’histoire… rien, ou trop de choses en même temps.

L’auteur n’a aucune idée de thème(s) jusqu’à ce que l’histoire soit écrite

C’est souvent le cas des auteurs qui planifient très peu. Ils peuvent travailler en amont de l’écriture, par exemple pour faire des recherches. Mais ils n’ont pas de structure à suivre. Ils écrivent une première version de leur histoire. Lorsque ce premier brouillon est terminé, il se dégage un ou des thèmes.

Mais ça peut arriver aussi à des auteurs qui structurent beaucoup avant d’écrire. Ils connaissent le parcours de leurs personnages, au moins dans les grandes lignes. Pourtant aucun thème ne leur apparaît clairement avant d’avoir effectivement écrit l’histoire.

On procède alors à des ajustements, au moment des révisions du manuscrit, pour mettre le thème majeur en lumière ou bien supprimer un thème secondaire qui parasiterait les autres (il n’a strictement aucun lien avec les autres thèmes), etc.

Je pense qu’il faut faire attention au risque de s’éparpiller dans plein de thèmes indépendants les uns des autres. Pour moi, les thèmes, c’est comme les lapins. Ça se multiplie à une vitesse folle et contre mon gré.

L’auteur a une idée de thème avant d’avoir une idée d’histoire

Il y a des auteurs qui savent qu’ils veulent écrire une histoire posant telle(s) ou telle(s) question(s). Par exemple, l’abandon est un sujet qui vous obsède depuis toujours et si vous écrivez un roman, il soulèvera une/des questions autour de ça ; il ne peut en être autrement.

Certains le subodorent. On peut d’ailleurs le subodorer quand on réfléchit à plusieurs histoires : on part un peu dans tous les sens, dans différents genres littéraires même, on se retrouve avec des pages de notes, des idées d’histoires vraiment différentes les unes des autres (une catastrophe naturelle, un thriller, un voyage dans le temps…) et on se rend compte que… dans le fond, toutes ces histoires parlent de la même chose !!

De nombreux auteurs ont d’ailleurs des thèmes de prédilection ; on en voit dans tous les genres de romans. Il y en a même qui écrivent des romans toute leur vie avec un thème qui revient à chaque fois.

Pour conclure

C’était important pour moi de faire le point sur ce qu’est un thème de roman et ce que ça n’est pas.

Ce qui me permet de galérer un peu moins avec mon projet actuel, c’est d’avoir étudier comment les thèmes des romans sont plus ou moins liés les uns aux autres et je crois que c’est ce qui donne vraiment l’impression qu’une histoire a du sens. C’est le point sur lequel je me suis complètement plantée avec mon premier roman.

Il existe des romans qui ont ce qu’on appelle une thèse, donc je voulais prendre le temps de réfléchir aussi à la différence entre thème et thèse.

Enfin, les auteurs s’y prennent différemment, comme pour tant d’autres aspects de l’écriture d’un roman et le plus important est de trouver sa façon de fonctionner ! Mais pour la suite de cet article, je partagerai plusieurs manières de travailler les thèmes d’un roman avant de passer à la phase de l’écriture du manuscrit, des tas de trucs qui m’ont bien aidée après une première expérience ratée.

2 réflexions sur “Les thèmes d’un roman (1/2)

  1. pierforest dit :

    Intéressantes réflexions. Je ne sais pas si j’arriverais à écrire un roman, parce que chez moi, la rigueur et la structure tuent l’émotion qui rend l’histoire attachante. C’est comme un combat en partie gauche et droite du cerveau. Il y a certains auteurs atypiques (Claude Jasmin) qui arrivent à pondre un roman sans structure préalable, mais c’est assez rare à mon avis. Bravo pour ces billets qui me font réfléchir.

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    • Mariella dit :

      Merci !
      Oui, préparer l’écriture donne l’impression que ça tue la créativité. Pour moi, c’est tout l’inverse 🙂
      Mais je crois qu’il faut essayer pour trouver comment on « fonctionne » le mieux.

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