4 façons d’écrire une trilogie (SF)

Avec un projet d’écriture de trilogie, une réflexion difficile (parmi d’autres) peut s’imposer très tôt, celle qui concerne le lien entre les tomes.

En quoi trois livres forment-ils une trilogie ? En lisant des trilogies, on voit qu’il y a pas mal de réponses possibles à cette question. Parce que telle ou telle forme de structure dépend de l’histoire. La structure ou « le liant » rend service à l’histoire racontée. 

Examiner ce qui se pratique dans le genre littéraire auquel son histoire appartient me paraît nécessaire. Et pour y voir plus clair, j’ai voulu identifier les principales façons d’écrire une trilogie. J’en ai trouvé 4 pour la science-fiction (et le genre fantasy également). Si vous voyez autre chose, un exemple sera plus que bienvenu, ça m’intéresse vraiment beaucoup ces temps-ci.

A noter que toutes ces formes de trilogie partagent bien sûr un point commun, le thème. Chaque tome a généralement des thèmes qui lui sont propres et participe, en même temps, à soulever une même « grande question transcendante » : la trilogie a son thème principal.

1- Trois histoires forment une histoire

La trilogie est un type de série littéraire très répandu dans ce qu’on appelle les littératures de l’imaginaire. Et le genre science-fiction regorge particulièrement de cette « forme » de trilogie :

  • Trois histoires forment une histoire.
  • Le traitement du récit est chronologique.
  • Le même protagoniste et le même antagoniste s’opposent dans les trois tomes.

Pour bien profiter de sa lecture, un lecteur ne peut que lire ce type de trilogie dans l’ordre 1,2,3.

La trilogie Hunger Games de Suzanne Collins est un bon exemple. Ce sont trois histoires différentes qui forment une « plus grande histoire », racontées chronologiquement et Katniss Everdeen a pour grand ennemi le président Snow à travers toute la trilogie.

Ce projet-là convient si on développe un personnage nettement plus important que les autres pour l’avancement de l’intrigue. Il ou elle demande un énorme travail afin d’accrocher des gens pendant trois romans ! Pour un lecteur, la satisfaction provient essentiellement du fait qu’il assiste à l’évolution (intérieure) de ce personnage. S’il s’y attache dans le premier tome, c’est un vrai plaisir de le retrouver dans le 2e et 3e, de suivre – au-delà des péripéties – son « combat contre lui-même » ou « parcours personnel », de constater le changement entre le 1er et le dernier livre.

En cela, je pense que c’est une forme de trilogie relativement intimidante pour une première expérience d’auteur de romans. Sans compter que le grand conflit qui sous-tend toute la trilogie doit être assez élaboré pour s’étendre à travers trois romans entiers.

Chaque tome offre un dénouement qui répond aux questions importantes posées par l’histoire dans le tome. Il reste toutefois des questions non résolues qui méritent une suite. Autrement dit, avec ce type de trilogie, chaque tome est une histoire à part entière, avec son conflit et son dénouement, histoire qui ne se termine pas « en plein suspense »  pour les tomes 1 et 2, et en même temps, il y a comme une évidence que chaque histoire fait partie d’un tout.

  1. Le 1er tome a son conflit, en même temps qu’il met en place le grand conflit de la trilogie.
  2. Le 2e tome a son conflit, différent du 1er mais on retrouve le but du protagoniste établi au tome 1.
  3. Le dernier livre de ce type de trilogie a son conflit, résolu à la fin (dans le sens où toutes les questions importantes posées par l’histoire trouvent une réponse) et il offre aussi un dénouement au grand conflit de la trilogie – différents antagonistes/représentants de l’antagoniste/nouveaux méchants divers et variés… apparaissent souvent dans les 2e et 3e tomes, mais ce dernier offre la confrontation (tant attendue) entre le protagoniste et l’antagoniste présents dans l’histoire depuis le début. En cela, le 3e tome de ce type de trilogie est fréquemment comparé à un point culminant.

Il y a de quoi y passer du temps !!

En menant la réflexion sur la structure de sa trilogie, il faut éventuellement faire attention à quelque chose : ce qu’on aime habituellement en tant que lecteur ne convient pas forcément à l’histoire qu’on est en train de développer.

2- Une histoire est racontée à travers trois tomes

Au-delà des grands types de structures qu’on peut identifier, les auteurs de trilogies ont des façons très différentes de procéder. Parfois, à la fin du 1er tome, vous avez le sentiment qu’il existe une suite. Vous n’avez pas l’impression d’être comme « forcé de la lire ». Pour cet autre type de trilogie, vous n’avez pas le choix. Vous lisez une histoire qui s’étend sur trois volumes : 

  • la fin du tome 1 ne répond pas aux grandes questions posées par l’histoire
  • d’ailleurs, cette fin peut même poser au moins une nouvelle question importante -les protagonistes dans ce type de trilogie voient assez souvent leur situation « empirer » à la fin du tome 1 et du tome 2 ; les enjeux ne font que s’intensifier
  • la fin du tome 2 peut élucider un ou des « mystères » relatifs à l’intrigue, mais pour obtenir satisfaction, il faut lire le tome 3

La narration de ce type de trilogie est aussi chronologique, avec le même antagoniste dans les trois tomes (même s’il y a souvent de nouveaux « méchants » en cours de route) et le même protagoniste (ce qui n’exclut pas que des personnages secondaires, ou de nouveaux personnages, prennent plus d’importance dans un tome 2 ou 3).

Le Seigneur des anneaux de Tolkien correspond à ce type de structure (certes, à la base, ce n’était pas une trilogie). La fin des tomes 1 et 2 n’offrent pas à proprement parler de dénouement. Clairement l’histoire continue.

On a donc le sentiment de lire disons « un roman découpé en trois livres ».

Je me trompe peut-être, mais j’ai vaguement l’impression que « laisser le lecteur sur sa faim » est plus courant avec les diptyques que les trilogies.

Enfin bref, ce projet-là convient à toutes sortes d’histoires en science-fiction ou fantasy, mais une seule histoire qui s’étend sur trois livres est en général une grande, riche et longue histoire ! Elle va souvent durer sur de longues périodes et/ou se dérouler dans de vastes galaxies, royaumes, etc. et/ou il y a un gros casting.

Un type de trilogie intimidant aussi !

3- Chaque tome peut être lu indépendamment

Ce type de trilogie semble coller à l’histoire que je développe, mais honnêtement, c’est un énorme casse-tête avec plein de pièges.

Dans les grandes lignes :

  • un lecteur peut lire le 1er tome et, si ça lui plaît, il peut lire le 2 et le 3. Jusqu’ici, tout est normal…
  • un autre lecteur peut lire le 2e tome sans avoir lu le premier et comprendre l’histoire qui est pourtant liée à celle du premier tome.
  • et ça dépend des trilogies, mais parfois un lecteur peut même lire le 3e tome sans avoir lu ni le 2e ni le 1er.

Alors évidemment, enfin à mon avis, lire toute la trilogie – et dans l’ordre 1,2,3 – offre toujours une expérience plus riche, plus complète au lecteur.

Mais de nombreuses trilogies ont des « tomes indépendants ». Le plus souvent, il s’agit de trois histoires qui se passent dans le même univers fictif mais pas avec les mêmes protagonistes (ou presque pas) et/ou antagonistes (ou presque pas).

Prenons l’exemple de la trilogie Spin de Robert Charles Wilson (Spin, Axis et Vortex). Même si l’expérience de lecture est alors bien différente, il est possible de lire le tome 2 sans avoir lu le tome 1 et de suivre l’histoire. Il me semble qu’il est aussi possible de lire le tome 3 sans avoir lu les deux autres.

Ce qui lie les trois tomes de la trilogie, c’est surtout le monde imaginaire que l’auteur a créé. 

Un risque important à travailler un projet de trilogie de cette façon, c’est de raconter plus ou moins la même histoire à chaque fois et c’est d’ailleurs un reproche qu’on peut rencontrer à propos de la trilogie Spin et d’autres trilogies basées sur ce « format ».

Mais des lecteurs peuvent apprécier ces trilogies « à tomes indépendants » grâce à toutes sortes d’éléments.

Voici des exemples.

L’antagoniste est le même dans les 3 tomes, mais le conflit est différent à chaque fois, parce que les protagonistes sont différents. 

Avec un lien ou un autre entre les protagonistes des trois livres. Exemple : Jean combat les zombies dans le T1, il a un bébé au cours de l’histoire, appelons-le Paul ; dans le T2 ce bébé qui a bien grandi mène le combat – vingt ans ont passé, les choses ont changé, les zombis sont peut-être devenus plus difficiles à vaincre (+ le fils n’est pas comme son père) ;  le T3 raconte l’histoire de Jeanne qui se bat contre les zombis, un lecteur qui n’a pas lu les T1 et T2 peut apprécier cette histoire ; un lecteur qui a lu les T1 et T2 (ou un des deux) va aussi apprécier des sortes de clins d’œil aux tomes précédents, comme des lieux qu’il connaît déjà ou quand Jeanne trouve le journal intime de Jean, ou rencontre le meilleur ami de Paul, etc.

Sans lien entre les protagonistes. Jean dans le T1, Paul dans le T2 et Jeanne dans le T3 n’ont aucun lien de parenté ni aucune sorte d’autre lien. Trois personnages différents se battent contre les zombies (même antagoniste). Dans ce cas, pour ne pas écrire la même histoire à chaque fois ou des histoires trop ressemblantes, des procédés courants consistent à changer d’époque (le temps qui passe dépend de l’histoire, il faut des circonstances suffisamment différentes) et/ou de lieu – tout en restant dans le même monde imaginaire, bien sûr.

L’antagoniste n’est pas le même (ou pas tout à fait) dans les 3 tomes, les protagonistes peuvent ou non changer (ou certains d’entre eux seulement). Imaginons Jean et Jeanne contre un dragon dans le T1, Jeanne toute seule contre une armée de dragons dans le T2 et un personnage secondaire du T2 qui devient le personnage central du T3 et se bat contre le chef de l’armée des dragons toujours en vie.

Pas besoin de lire la trilogie dans l’ordre 1, 2, 3 pour comprendre l’histoire de chaque tome et pourtant c’est une trilogie : lire les tomes 1, 2 et 3 apporte un sentiment de cohésion.

Avec la Trilogie de Mars de Kim Stanley Robinson, il est possible de lire Mars la verte (2e livre) sans avoir lu Mars la rouge (1er livre) – je ne suis pas sûre pour le 3e tome, par contre. C’est juste mieux de lire les trois dans l’ordre, mais on peut suivre l’histoire quand même (hum… à condition d’aimer la SF scientifique !). Cette trilogie martienne se déroule sur une très longue période, au-delà d’un siècle, ce qui me fait revenir au principe de changement d’époque.

J’ai l’impression que c’est plutôt fréquent dans ce type de trilogies.

4- Il y a un préquel

C’est un type de trilogie que j’aime beaucoup en tant que lectrice, mais j’essaie de ne pas me laisser influencer, car le plus important est que l’histoire trouve sa structure idéale. Nous avons un deuxième tome préquel d’un premier tome et le troisième est la suite du premier. Assez souvent, il est possible de lire le tome 2 avant le tome 1 sans être « largué ».

Ce préquel est indispensable au dernier volume de la trilogie. Qu’est-ce qui le rend indispensable et en même temps, on peut commencer par le 1 ou le 2 ?  Je vais donner un exemple que je connais et qui me semble illustrer le cas assez clairement (d’autres choix sont possibles, bien entendu).

La trilogie Silo de Hugh Howey se présente de la manière suivante :

  • le tome 1 vous raconte une histoire et sa fin vous dit qu’il y a une suite (vous n’êtes pas privé de dénouement pour cette histoire-là, mais vous sentez bien que le « combat » n’est pas fini) ; un personnage central évolue dans ce roman
  • le tome 2 est le préquel du tome 1 ; ça se passe avant donc, et ce roman présente un tout autre personnage central
  • le tome 3 est bien la suite du tome 1 et non du tome 2 : les deux personnages centraux du T1 et du T2 se retrouvent dans l’histoire de ce tome.

On trouve aussi de multiples trilogies de type « trois histoires forment une histoire » avec un 4e tome en préquel, et même tout une autre trilogie en préquel. La trilogie du Labyrinthe de James Dashner a, par exemple, un « tome 4 » qui est un préquel au tome 1 de la trilogie et ce tome 4 a d’ailleurs une suite.

***

Pour conclure, j’ai exploré les types de trilogies les plus fréquents en science-fiction (et fantasy). On rencontre d’autres formes ou types de trilogies, surtout si on fouille dans d’autres genres littéraires.

Attention de laisser en priorité les besoins de l’histoire déterminer le choix de la structure de la trilogie. On peut être tenté par des modèles qu’on aime beaucoup, mais ça peut desservir l’histoire qu’on veut raconter.

Sources initiales de recherches : amazon.fr, wikipedia.en, well-storied.com, nownovel.com.

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