Quelle heureuse coïncidence !

Parmi les problèmes que je rencontre avec l’écriture de mon roman, il y a les heureuses coïncidences. Il s’agit de hasards bien arrangeants pour les personnages, autrement dit des concours de circonstances permettant des résolutions positives de difficultés diverses.

C’est quelque chose qui décrédibilise beaucoup une histoire.

J’ai rectifié plusieurs de ces impressions de « comme par hasard… » dans mon premier roman (mais malheureusement, il en reste) et en structurant ma nouvelle histoire. Dans cet article, j’essaie d’expliquer ce que j’ai trouvé comme solutions.

Comme on me l’avait fait remarquer la semaine dernière, les coïncidences qui génèrent des problèmes ne sont pas perçues par un lecteur de la même façon. Il y a d’ailleurs beaucoup d’histoires où les petites coïncidences malheureuses se multiplient et nous en sommes bien contents. Les personnages ont ainsi de plus en plus de problèmes. Enfin, je pense que c’est ce que nous voulons en tant que lecteurs.

Bien sûr, tout ne peut pas être le fait du hasard, en « bien » ou en « mal ».

Mais j’ajoute que dans la vraie vie, les heureuses coïncidences arrivent ; ça peut parfois être très plausible dans un roman.

La conséquence négative inattendue

Prenons un exemple d’heureuse coïncidence. Pierre, personnage important d’une histoire, est blessé. Il faudrait lui trouver un médecin.

Or, dans cette histoire, pour raison x ou y, il y a peu de chances que les personnages trouvent un médecin. Ceci, le lecteur l’a compris depuis le début. Par exemple, les personnages sont dans une région très peu peuplée, ou bien c’est une histoire de fin du monde et il ne reste plus beaucoup de médecins.

Pourtant Pierre a vraiment besoin de soins. Donc l’auteur « lui trouve un médecin » quand même. Et cet auteur peut alors craindre l’heureuse coïncidence qui décrédibilise son histoire.

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Mais s’il ajoute une conséquence négative inattendue à l’heureuse coïncidence, c’est-à-dire que la résolution du problème ne sera pas complètement heureuse, l’impression de « comme c’est arrangeant » pourrait être très atténuée.

Exemples pour Pierre qui se fait soigner par un médecin dans une histoire où les médecins sont rares, absents, etc. :

  • Pierre est soigné et il va s’en remettre, mais il [a maintenant quelque chose qui sera problématique plus tard ?] marche avec une canne, a perdu un œil, a le nez tordu, est un peu défiguré, etc.
  • Pierre va bien, mais le médecin lui, a de gros ennuis à cause de Pierre et ses amis. Les zombies les avaient suivis, ils tuent le médecin, Pierre se sent coupable…
  • autre chose, quelque chose de mieux que ces exemples, ou plutôt de pire, quelque chose qui enlève le côté « heureux » de la coïncidence.

Avec cette solution, le cours de l’histoire ne change pas vraiment. L’auteur va clore l’incident. Il pourra avoir des répercussions plus tard (et si Pierre a perdu un œil, bien sûr il n’est plus tout à fait la même personne à l’intérieur) mais les personnages continuent/reprennent leur périple.

Donc l’idée ici, c’est que ça ne se passe pas aussi bien qu’on l’aurait cru.

La conséquence qui va créer de la tension

L’impression d’heureuse coïncidence peut disparaître, juste après ou pendant l’événement, si un nouveau problème survient pour les personnages.

La solution précédente est une conséquence négative immédiate à l’heureuse coïncidence mais ne crée pas de tension qui va s’accentuer (même si ça peut être le cas plus tard). Il y a un incident, il peut durer un peu mais ensuite, c’est terminé (ou pour le moment). Cette conséquence-là crée de la tension aussitôt que l’heureuse coïncidence s’est produite. Le cours de l’histoire change.

Par exemple, si on trouve un médecin pour Pierre, dans cette histoire, un lecteur peut se dire « bah voyons… ».

Mais si les soins prennent du temps, au point que Pierre et ses amis ratent le dernier train pour leur destination – ce qui les oblige à faire quelque chose de périlleux, par exemple – le lecteur ne se dira pas « bah voyons » ou il changera d’avis.

Je pense que c’est l’une des meilleures options, puisque le but d’une histoire est d’aller de problème en problème. Donc ici, nous avons un problème qui se résout (faut bien soigner Pierre !) en même temps qu’un autre apparaît.

Donc l’idée ici, c’est que oui, il y a une heureuse coïncidence, mais un tout nouveau problème en parallèle.

 

Ajout de difficulté préalablement à la résolution

J’avais étudié ça l’année dernière. Ici, parce que le lecteur peut se dire que c’est trop facile de trouver un médecin, dans cette histoire où on n’est pas supposé en trouver comme dans la vraie vie, une autre solution consiste à compliquer l’heureuse coïncidence, en quelque sorte. Avant qu’elle se produise, les personnages vont connaître quelques ennuis.

Par exemple, certes les personnages trouvent un médecin, mais celui-ci n’a pas le matériel nécessaire pour soigner Pierre. Ses amis/le médecin doivent prendre des risques pour voler le matériel ou bien se rendre dans un hôpital désaffecté… Ou alors, ils apprennent qu’il y a bien un médecin, quelque part, mais s’y rendre sera très dangereux.

Il me semble qu’un lecteur ne peut pas se dire « tiens, comme c’est pratique tout à coup… » puisque la coïncidence (tiens, un médecin !) est suivie de tension.

Ici, l’idée est que la résolution heureuse d’un problème grâce à un hasard/coup de chance, est remise en question.

La presque coïncidence heureuse

Avec cet exemple de Pierre qui doit se faire soigner, on peut atténuer l’effet « bah voyons, comme par hasard » en modifiant le personnage du médecin pour en faire un infirmier, un pompier, pourquoi pas un vétérinaire. Ou le médecin est un peu cinglé. Oui, je sais, il y a là quelques possibles clichés…

Ceci permet toujours de lui sauver la vie, mais pas avec des soins aussi idéaux que le lecteur aurait pu l’espérer. Si le lecteur n’apprend pas qu’il y a un médecin quelque part, mais un vétérinaire (plus compétent que monsieur et madame Tout-le-monde, mais pas trop non plus), il y a un peu de tension, puisqu’il peut se demander si Pierre va bien être soigné, comment, etc.

L’idée, dans ce cas, c’est de créer un effet « arrangeant mais loin d’être idéal ».

Accroître la tension à son maximum avant la résolution

C’est un autre truc qui peut marcher dans certaines histoires. L’auteur va augmenter la tension, jusqu’à son maximum, avant la résolution heureuse ou en partie heureuse. Il ne s’agit plus d’une coïncidence heureuse, parce que la tension est tellement montée que les enjeux sont devenus énormes. Lorsqu’il arrive chez le médecin, Pierre est à l’agonie…

Ajoutons une scène ou deux, ou plus, entre le moment où Pierre est blessé et celui où les personnages trouvent un médecin. L’état de Pierre empire. Le lecteur a vraiment le temps de douter, sérieusement, que Pierre s’en sorte.

La scène où le médecin le soigne est une scène de très grande tension. Je pense que ça ne ressemble plus à une coïncidence heureuse. C’est plutôt « un espoir », survenu à un moment donné, suivi de tension et de beaucoup de doutes.

Donc l’idée ici, c’est que l’impression d’heureuse coïncidence est complètement occultée par un effet dramatique.

Justifier la coïncidence bien avant qu’elle se produise

C’est parfois très délicat de faire ça si vous avez déjà écrit des pages et des pages. Mais dans certaines histoires, un auteur peut justifier que l’heureuse coïncidence est possible. Elle a été préfigurée.

Disons que quelques chapitres avant que les amis de Pierre lui trouvent un médecin, dans cette histoire où rencontrer un médecin paraît peu crédible, il a été montré qu’un des amis de Pierre a un frère médecin / a été soigné lui-même par un médecin quelques semaines auparavant, etc.

Le lecteur a peut-être oublié cette information, mais ça lui reviendra à l’esprit à ce moment-là, et ça n’aura plus (ou ça aura moins) l’air d’une heureuse coïncidence. Il savait que c’était possible.

L’idée, ici, est d’annoncer au lecteur, par un moyen ou un autre, que ce sera possible et donc il n’y a plus d’impression de coïncidence.

Bon, je l’ai fait dans mon premier roman et c’est raté ; ça ne fait pas du tout naturel. Parce que j’ai ajouté des éléments après avoir écrit de nombreuses pages. En plus, j’ai dû ajouter des éléments pour justifier un heureux hasard mais les éléments eux-mêmes sont peu crédibles. Pff.

 

 

3 réflexions sur “Quelle heureuse coïncidence !

  1. Hiéra dit :

    Justifier la coïncidence à l’avance est peut-être la meilleure option puisque dans ce cas… ce n’est plus vraiment une coïncidence ! Mais effectivement la préfiguration est difficile à doser…
    La solution que je préfère en dehors de ça est peut-être la « presque coïncidence », parce qu’elle donne l’impression que les personnages ont cherché une solution alternative et que l’aide dont ils avaient besoin ne leur est pas tombée dessus miraculeusement.
    En y réfléchissant, j’ai au moins une heureuse coïncidence dans mon roman, qui sauve mon héros en plus ! Mais elle est basée sur un personnage déjà établi et sur un fait universellement reconnu : la curiosité des voisins^^. On verra si ça choque mes bêta-lecteurs !

    Aimé par 1 personne

    • Mariella dit :

      Moi aussi j’aime beaucoup l’idée de presque coïncidence, en tout cas j’arrive mieux à sentir quelque chose de naturel ou crédible avec ça. Oui, il faut des regards extérieurs pour être sûr que ça ne choque pas ! Mais bon, si c’est le genre de choses qui se produit dans la réalité, ce n’est pas forcément un problème.

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