Créer un personnage masculin quand on est une femme (et vice versa)

Depuis que j’essaie d’écrire un roman, je me suis souvent demandé si mes personnages masculins se comportent « comme des hommes ». Est-ce que j’en fais trop ou trop peu ? Il me semble que mes personnages masculins sont moins hommes que mes personnages féminins sont femmes. Dans toutes sortes de comportements.

J’ai récemment changé ma façon de traiter cet aspect de l’écriture. Maintenant que les choses sont plus claires pour moi, je peux partager mes réflexions.

Je précise que je choisis une approche simple pour ne pas écrire 50 pages. Sinon j’ai bien conscience que c’est plus complexe que les hommes/les femmes, le masculin/le féminin.

1- Ma perception de ce qui nous rapproche et nous différencie fera partie du roman

Chacun accumule des expériences au fil de sa vie et a sa propre perception, des hommes, des femmes, de ce qui est différent ou pas.

Brièvement, je crois que j’ai expérimenté, ou remarqué, dans la vie en général, plus de différences significatives entre les origines socio-culturelles, la culture des gens, les générations, les éducations, les religions, les opinions politiques, le « vécu », entre autres choses, plutôt qu’entre les sexes.

Je ne ressens pas, au quotidien, de différences marquantes en dehors du contexte du couple et dans le cadre du travail, sur certains aspects. Pour moi, les hommes et les femmes sont globalement tristes, joyeux, inquiets, choqués… pour les mêmes choses. Là où je vis, à l’époque où je vis et selon ma perception.

Quelle que soit la perception qu’on a, des ressemblances et des différences, je pense que ça fera partie du roman qu’on écrit. Ce sera là, plus ou moins fortement, dans l’ADN de l’histoire.

Egalement, nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes sujets. J’ai une certaine sensibilité aux clichés sexistes au cinéma, à la télévision et dans les romans. C’est pourquoi je fais attention à ne pas reproduire ce qui me déplaît – mais qui m’influence plus ou moins consciemment. Je connais un auteur qui est très sensible au sujet des incompréhensions dans la communication entre hommes et femmes ; ce n’est pas le sujet de son roman, mais quelque chose qui ressort dans ce qu’il écrit (il y a pas mal de quiproquos sympathiques !).

Mes personnages masculins prennent vie à partir d’une certaine perception de l’homme (et de la femme). Il y a moins de différences que de ressemblances. Bien sûr, il existe quand même des différences dont il faut tenir compte pour la crédibilité – j’en parlerai plus bas.

2- Un personnage n’est pas qu’un homme ou une femme

C’est important de s’interroger, en cas de doute à propos de comportements disons typiquement masculins ou féminins, des contextes qui ne nous seraient pas familiers ou qui seraient carrément mystérieux.

J’ai un personnage masculin qui se fait un ami et, à plusieurs moments, j’ai peur qu’ils aient plus l’air de deux copines. Je sais, j’ai constaté que deux amis ne se comportent pas de la même façon que deux amies. Mais je suis une femme et ce que j’avais écrit dans la première version était complètement à côté de la plaque.

Pour ces doutes, je me base sur mon expérience et mon intuition. Je me demande si un comportement est atypique par rapport au sexe du personnage. Est-ce qu’un homme pourrait se comporter comme ça ? Je pense également aux hommes que je connais et me demande s’ils pourraient avoir ces comportements. Quand je pense avoir trouvé quelque chose, je me demande si je ne suis pas tombée dans un stéréotype.

Parfois, je fais un peu de recherche. Par exemple, j’ai lu quelques articles sur l’amitié entre hommes.

Et donc après avoir posé des questions et fait un peu de lecture, au lieu de faire bavarder mon personnage et son nouvel ami, j’ai décidé de leur faire acheter des bières. C’est quelque chose que je n’aurais pas fait naturellement. Il faut faire attention à ça.

Ceci dit, je crois que nous avons de multiples éléments à notre disposition pour crédibiliser un personnage. Un personnage est ce qu’il est en raison de son passé. Il a une certaine personnalité, un certain âge, une certaine activité dans la vie, etc. Dans l’histoire, il a un rôle et il a un but à atteindre.

A travers tous ces éléments, il est sûrement possible de donner vie à un personnage masculin crédible en étant une femme et vice versa.

Je fais une bêta-lecture de roman, en ce moment. L’auteur est un homme. Dans l’histoire, il y a un personnage féminin majeur qui semble s’exprimer plutôt comme un homme qu’une femme. Je suggère quelques retouches, mais ça ne me pose pas de gros problèmes parce que ça colle au personnage. Avec tout ce qu’on sait d’elle, sa façon de parler n’est pas irréaliste. Il n’y a pas que le fait que ce soit une femme. Il y a beaucoup d’autres choses.

Finalement, en cas de doutes, des bêta-lecteurs peuvent répondre à des questions ou donner leur ressenti et si vous pensez que c’est important, des bêta-lecteurs de l’autre sexe. En l’occurrence, pour la bêta-lecture en cours, l’auteur nous remet un questionnaire et il y a plusieurs questions autour de ça, comme « Avez-vous l’impression que ce personnage se comporte comme un homme ? ».

Et donc il obtient directement des réponses sur cette crainte qu’il a de « rater » sa protagoniste.

3- Le plus délicat ne concerne-t-il pas les relations ?

Si vous écrivez une histoire d’amour ou un roman dont le grand thème est en lien avec la psychologie féminine/masculine, le couple, nous n’abordons probablement pas ce sujet de la même façon. Dans mon histoire, s’il doit y avoir du sentiment amoureux, ce sera secondaire. Et je pense aussi que plusieurs personnages auraient pu être hommes ou femmes, ça ne changerait pas grand-chose à l’intrigue. Assez souvent, le fait qu’un personnage soit un homme ou une femme n’influence pas ou que peu le comportement, les actes.

Je fais quand même attention, surtout dès qu’il s’agit de relationnel. Je vois bien que je dois tenir compte du sexe des personnages. Pas nécessairement les relations homme/femme, toutes sortes de relations, parent/enfant, frère/sœur, amitiés, etc.

A mon avis, c’est sur ce point que les comportements deviennent plus délicats à traiter si on n’est pas du même sexe que le personnage.

En fait, il y a d’autres différences. Mais je trouve qu’elles sont plus évidentes à traiter.

Par exemple, un personnage masculin et un personnage féminin rencontrent un méchant. Je ne me vois pas écrire que la femme se jette sur le méchant pour lui donner un coup de poing et que l’homme se met à hurler, par exemple. C’est possible, mais assez naturellement, je vais sûrement écrire que la femme se met à hurler et l’homme envoie un coup de poing. Il y a des différences qui font moins réfléchir, voire pas du tout.

Cela peut faire cliché, ce que j’écris là, mais certains clichés sont parfois nécessaires (voir point 6).

J’imagine que plus une histoire est centrée sur l’affect, l’aspect relationnel, l’amour, plus ce doit être utile de faire des recherches sur la psychologie des uns et des autres !

4- Qu’est-ce que j’ai d’autre en commun ou pas avec le personnage ?

Mon personnage masculin a de nombreux comportements différents des miens. Mais est-ce toujours parce que c’est un homme et moi une femme ?

Quand je commence à redouter de « rater » un personnage masculin, parce que je ne peux pas me mettre dans sa peau d’homme, je me focalise sur ce que nous pouvons avoir en commun ou de différent, hormis le fait que nous ne sommes pas du même sexe.

Par exemple, j’ai un personnage masculin qui a l’habitude de manager des employés, chose que je ne sais pas faire. Je me sens plus capable de travailler là-dessus, d’essayer de crédibiliser ses comportements par rapport à cette expérience qu’il a, que de faire en sorte que ce personnage se comporte « comme un homme ».

Et avec ce personnage, nous avons un centre d’intérêt commun. J’ai plus de chances de réussir à rendre son centre d’intérêt vraisemblable que sa condition d’homme, donc je vais m’appliquer sur ce point.

Je ne sais pas ce que c’est que d’être un homme et même si j’étudiais ça pendant des années, je ne saurai toujours pas. Mais d’autres éléments sont à ma portée pour donner vie à un personnage masculin.

5- On peut commettre des « erreurs »

Si vous êtes un homme en train d’inventer un personnage féminin (et inversement), vous pouvez commettre des « erreurs », c’est-à-dire traiter certains comportements d’une façon irréaliste.

Dans la bêta-lecture que je fais en ce moment, il y a ce personnage féminin qui rencontre un homme qui lui plaît ; peu après, il y a une introspection et les questions qu’elle se pose sur cet homme ne me paraissent pas réalistes. C’est une façon de vivre le moment qui ne ressemble pas à ce que les femmes, en général, pourraient faire.

Là, je me suis dit « c’est un homme qui a écrit ça ».

Du coup, ça m’a fait peur pour mon roman, mais tout comme j’ai signalé mes doutes à l’auteur, des bêta-lecteurs pourraient repérer ce genre de problèmes dans mon roman (surtout si j’attire leur attention sur ce point).

Les « erreurs » dépendent de chaque auteur. Certains vont créer la femme parfaite ou l’homme parfait, attribuer le même défaut à tous leurs personnages féminins ou masculins, etc.

Elles dépendent aussi du contexte de l’histoire, par exemple dans un autre pays ou bien à une autre époque, un homme/une femme se comporterait différemment de ce qu’on a écrit. Il faut faire des recherches.

Pour les « erreurs » relatives aux mystères du sexe opposé, on peut se poser la question suivante : quels sont précisément les passages, scènes ou dialogues, où le sexe du personnage est un facteur vraiment majeur dans ce qu’il fait, pense ou décide ?

Dans mon roman, plusieurs moments isolés me viennent à l’esprit.  Ce n’est pas la seule explication au comportement, loin de là, mais une femme ne ferait pas ça. Ne dirait pas ça, ne penserait pas ça. Je veux un comportement identifié généralement comme « masculin », parce que c’est plus cohérent à ce moment-là.

Je vérifie donc qu’une femme ne ferait pas ça. Si je doute, je vais questionner mon entourage et/ou noter une question pour la bêta-lecture.

6- Tous les clichés sont-ils mauvais ?

Après réflexion, j’ai moins peur des clichés.

Il y a des clichés qui sont plus ou moins attendus par les amateurs d’un genre littéraire. Parce qu’on est dans un certain genre littéraire, rien ne va paraître irréaliste à propos d’un personnage féminin ou masculin, ou choquant, et si on était dans un autre genre, les lecteurs seraient surpris voire choqués.

Il y a des clichés qui servent à mettre en évidence certaines réalités et à les dénoncer ou s’en moquer.

Il y a des clichés qui sont utiles pour transmettre une émotion. Même si ça fait cliché, on ressent presque tous la même émotion quand ça se produit. Si c’est bien fait, on ne va pas s’attarder sur le fait que c’est un cliché. Parce qu’il existe une psychologie de l’homme, une psychologie de la femme, des faits scientifiques derrière des différences dans les comportements (et des habitudes, des us et coutumes).

Par exemple, si vous écrivez une scène où votre personnage féminin hurle pendant que votre personnage masculin donne un coup de poing au méchant, ça fait cliché, mais c’est ce dont nous avons tous plus ou moins l’habitude dans la fiction et si ça arrivait en vrai, il y a plus de probabilités que ça passe comme ça que l’inverse.

Parfois, dans les romans, c’est comme s’il fallait certains clichés pour que l’histoire soit crédible.

Récemment, j’ai lu Blindlake de Robert Charles Wilson. Il y a un personnage féminin dont le rôle est aussi important que celui du protagoniste masculin. Il y a un thème délicat concernant les relations homme/femme qui est, pour moi, bien traité. Il y a cette façon dont ils se complètent, dont ils se sauvent l’un l’autre, qui est appréciable pour quelqu’un de sensible aux clichés.

Au point culminant, l’homme est dans l’action physique et la femme fait autre chose, de plus intellectuel, et ça m’a agacée sur le moment. Finalement, j’ai imaginé que les rôles s’inversaient. Je me suis représenté les scènes en échangeant les rôles et ça ne collait pas du tout.

2 commentaires sur “Créer un personnage masculin quand on est une femme (et vice versa)

  1. Merci pour cet article Mariella. C’est un sujet très intéressant. Personnellement, je fais le choix conscient de ne pas me poser cette question. L’humain est compliqué, et pour chaque cas où on dit « une femme ne ferait pas ça » ou « un homme ne ferait pas ça », on trouvera forcément un contre-exemple; Je préfère me poser la question « est-ce que cette action a un sens pour mon personnage ? ». Par exemple, la première réaction d’un personnage féminin peut très bien être la violence, si elle a une formation militaire ou policière, si elle a déjà été agressée, si c’est une ado en rupture avec la société, etc, etc.
    Mais pour ma part, le refus de me poser cette question est presque un acte militant. Je préfère considérer mes personnages comme humains avant tout, parce que mon expérience de la vie réelle me prouve qu’il n’y a pas « les hommes » et « les femmes », mais juste plein de gens avec leurs propres caractéristiques, goûts, choix, etc…

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